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Tome huitième.
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173
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ANNÉE 1766. 173

Agréez, monsieur, je vous supplie, mes très humbles saluta-tions et mon respect .

A AI. DU PEYBOU.

A Wootton, le 51 mai 1766.

J’ai reçu, mon cher hôte, votre n° 24 par M. d’Ivernois, et jereçois en ce moment votre n° 25. Je vous remercie de l’inquié-tude que vous y marquez sur mon état, excepté pourtant ce mot,M’auriez-vous oublié? qu’un plus long silence ni rien au monden’autoriseroit jamais. J’aurois cru qu’entre vous et moi nous n’enétions plus, depuis long-temps , à de pareilles craintes. Je vousécris rarement, je vous en ai prévenu ; mais je vous écris régu-lièrement; et, lorsque vous vous livriez à ce cruel doute, vousavez dû recevoir monn 0 2. De grâce, entendons-nous bien. Je nepuis souvent écrire, surtout à présent que mon hôte et sa famillesont ici. Il y a, ce dont je gémis, trois cents lieues de distance en-tre nous ; il faut plusieurs entrepôts à nos lettres, qui les retar-dent, et qui peuvent les retarder davantage. Enfin, vous pouvezau pis vous dire : Il est mort ou malade ; mais jamais : M’a-t-iloublié ?

Autre grief. M. Hume vous apprend , dites-vous, que la pro-vince de Derby m’a nommé un des commissaires des barrières, etvous me reprochez de ne vous en avoir rien dit. Vous auriez rai-son, si cela étoit vrai ; mais je n’ai jamais ouï parler de pareillefolie ; je vous ai prévenu d’être en garde contre tout ce qui pour-voit venir de M. Hume, et de n’ajouter aucune foi à tout ce qu’onvous diroit de moi. De grâce, une fois pour toutes, n’en croyezque ce que je vous dirai moi-même ; vous vous épargnerez biendes jugements injustes sur mon compte. Par une suite de cettemême facilité à tout croire, vous voilà persuadé , sur le rapportde M. de Luze, que je desire voir mes écrits imprimés de monvivant ; j’ignore sur le rapport de qui M. de Luze lui-même a pule croire ; ce n’est sûrement pas sur le mien, et je vous déclare etvous répète, pour la dernière fois, dans la sincérité de mon ame,que mon plus ardent désir est que le public n’entende plus parlerde moi de mon vivant. Une fois pour toutes, croyez-moi sincère ;ne vous gênez jamais sur cette affaire ; mais soyez persuadé que,toute chose égale, j’aime mieux qu’elle ne se fasse qu’après mamort. Il est vrai que j’ai cru que les planches auraient pu se graverd’avance, et qu’elles auraient pu s’exécuter mieux de mon vivant.