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Tome huitième.
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174
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174 COHBESPONDANCE.

Je me flatte que vous aurez reçu ma précédente assez à tempspour ne faire partir que mes livres de botanique et herbiers, etretenir le reste, quant à présent. Je suis très content de mon ha-bitation, de mon hôte, de mes voisins, à quelques inconvénientsprès ; mais, puisqu’il y en a partout, le sage ne les fuit pas, il lessupporte, et il m’en coûte peu d être sage en cela. Mais je vousavoue ( et que ceci soit à jamais entre nous deux sans aucune ex-ception ) que je sens cruellement votre absence, et que j’ai peineà me détacher de l’espoir de retourner un jour mourir auprès devous. Mon cœur ne peut renoncer aux douces idées qu’il s’étoitfaites ; plus j’aime le recueillement et la retraite, plus l’intimitéde l’amitié m’est nécessaire, surtout vers la fin de ma carrière etde mes jours, où je n’ai plus d’autre projet à former que l’usagedu présent. Je pense aussi, et votre dernière lettre me le confirme,que je ne vous sevois pas tout-à-fait inutile pour la douceur de lavie, surtout si vous ne vous mariez pas encore, comme j’y voispeu d’acheminement. C’est pourtant une chose à laquelle il esttemps de songer, ou jamais. Il y auroit là-dessus trop de choses àdire pour une lettre ; c’est un beau texte que j’aurai lorsque vousviendrez me voir. Quoi qu’il en soit, nous avons en tout état decause assez de goûts communs pour les cultiver ensemble avecagrément, et je ne doute pas qu’un jour ou l’autre l’entreprise duDictionnaire de botanique ne se réveille, et ne nous fournissepour plusieurs années les plus agréables occupations. Je vousconseille de ne pas abandonner ce goût, il tient à des connois-sances charmnntes, et il peut les étendre à l'infini. Voilà , moncher hôte, un château en Espagne, le seul qui me reste à faire, etauquel je n’ai pas la force de renoncer. Et pourquoi ne s’exécu-teroit-il pas un jour? Laissons au public le temps de m’oublier, àvos gens de Neuchâtel de s’apaiser, peut-être de se repentir : pré-parons à loisir toutes choses dans le plus profond silence, et sansque personne au monde pénètre nos vues : rien ne nous presse,nous sommes les maîtres du temps. Dans quatre ou cinq ans,quand votre maison sera faite, et que vous l’habiterez, je ne voispoint d’impossibilité que vous redeveniez dans le fait mon cherhôte. En attendant, je suis tranquille dans ma retraite ; le pis serad’y rester ; j’espère au moins vous y voir quelquefois. Peusez àtout cela, et dites-m’en votre avis; mais surtout entre vous et moi,sans aucun confident quelconque. Tout est manqué, si ame vi-vante vient à pénétrer ce projet.