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Tome huitième.
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ANNÉE 1766 . 179

de vous ma subsistance, mais qui peuvent au besoin me servir desupplément. J'ai bien des choses à vous dire que je ne puis con-fier à une lettre qui peut s’égarer. Quand vous viendrez, je vousdirai ce qui s’est passé, et je crois que vous conviendrez que j’aifait ce que j’ai du faire ; mais ce que je dois sur toute chose est dene vous pas laisser mettre à l'étroit pour l’amour de moi. Ainsi,promettez-moi de me parler sans détour dans l’occasion, et com-mencez dès à présent, si vous êtes dans le cas.

J'aurois fort souhaité que vous n’eussiez pas fait partir mes li-vres; mais c’est une affaire faite : je sens que l’objet de toute lapeine que vous avez prise pour cela n’étoit que de me fournirdes amusements dans ma retraite; cependant vous vous êtestrompé. J’ai perdu tout goûtpour la lecture, et, hors des livres debotauique, il m’est impossible de lire plus rien. Ainsi je prendraile parti de faire rester tous ces livres à Londres, et de m’en dé-faire comme je pourrai, attendu que leur transport jusqu’ici mecoûteroit beaucoup au-delà de leur valeur, que cette dépense meseroit fort onéreuse, que quand ils seroient ici je ne saurois pastrop où les mettre ni qu’en faire. Je suis charmé qu’au moinsvous n’ayez pas envoyé les papiers.

Soyez moins en peine de mon humeur, mon cher hôte, et ne lesoyez point de ma situation. Le séjour que j’habite est fort de mongoût; le maître de la maison est un très galant homme, pour quitrois semaines de séjour qu’il a fait ici avec sa famille ont cimentél’attachement que ses bons procédés m’avoient donné pour lui.Tout ce qui dépend de lui est employé pour me rendre le séjourde sa maison agréable. Il y a des inconvénients; mais où n’y ena-t-il pas ? Si j’avois de nouveau à choisir dans toute l’Angleterre,je ne choisirois pas d’autre habitation que celle-ci : ainsi j’y pas-serai très patiemment tout le temps que j’y dois vivre ; et si j’ydois mourir, le plus grand mal que j’y trouve est de mourir loinde vous, et que l’hôte de mon cœur ne soit pas aussi celui de mescendres ; car je me souviendrai toujours avec attendrissement denotre premier projet, et les idées tristes, mais douces, qu’il merappelle, valent sûrement mieux que celles du bal de votre folleamie. Mais je ne veux pas m’engager dans ces sujets mélancoli-ques, qui vous feroient mal augurer de mon état présent, quoi-que à tort : et je vous dirai qu’il m’est venu cette semaine de lacompagnie de Londres, hommes et femmes, qui tous, à mon ac-cueil, a mon air, à ma manière de vivre, ont jugé, contre ce qu’ils