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Tome huitième.
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180 CORRESPONDANCE,

avoient pensé avant de me voir, que j’étois heureux dans ma re-traite ; et il est vrai que je n’ai jamais vécu plus à mon aise, nimieux suivi mon humeur du malin au soir. Il est certain que lafausse lettre du roi de Prusse et les premières clabauderies deLondres m’ont alarmé, dans la crainte que cela n'influât sur monrepos dans cette province, et qu’on n’y voulût renouveler les scènesde Motiers. Mais sitôt que j’ai été tranquillisé sur ce chapitre, etqu’étant une fois connu dans mon voisinage j’ai vu qu’il étoit im-possible que les choses y prissent ce tour-là, je me suis moqué detout le reste, et si bien, que je suis le premier à rire de toutesleurs folies. Il n’y a que la noirceur de celui qui sous main faitaller tout cela, qui me trouble encore : cet homme a passé mesidées; je n’en imaginois pas de faits comme lui. Mais parlons denous. Il me manque de vous revoir, pour chasser tout souvenircruel démon ame. Vous savez ce qu’il me faudrait de plus pourmourir heureux, et je suppose que vous avez reçu la lettre que jevous ai écrite par JM. d’Ivernois : mais comme je regarde ce pro-jet comme une belle chimère, je ne me flatte pas de le voir réali-ser. Laissons la direction de l’avenir à la Providence. En atten-dant j’herborise, je me promène, je médite le grand projet dont jesuis occupé (*) ; je compte même, quand vous viendrez, pouvoirdéjà vous remettre quelque chose; mais la douce paresse me gagnechaque jour davantage, et j’ai bien de la peine à me mettre à l’ou-vrage : j’ai pourtant de l’étoffe assurément, et bien du désir de lamettre en œuvre. Mademoiselle Le Vasseur est très sensible à vo-tre souvenir ; elle n’a pas appris un seul mot d’anglois ; j’cn avoisappris une treutaine a Londres, que j’ai tous oubliés ici, tant leurterrible baragouin est indéchiffrable à mon oreille. Ce qu’il y a deplaisant est que pas une ame dans la maison ne sait un mot defrançois : cependant sans s’entendre on va, et l’on vit. Bonjour.

.l’écrirai à Berlin la semaine prochaine, et je parlerai deM. d’Escherny. Mille salutations de ma part à tous ceux quim’aiment, et miile tendres respects à la bonne maman.

A M. HUME.

Le 25 juin 1766.

.le eroyois que mon silence, interprété par votre conscience, eudisoit assez; mais, puisqu’il eutre dans vos vues de ne pas l’en-tendre, je parlerai.

(■) Celui d'écrire ses Confessions.