ANNÉE 1766 . 183
devenir exprès pour me voir : vous, monsieur, qui êtes si pleind’honnêteté vous-même, vous n’approuveriez pas qu’au momentde son arrivée je commençasse par m’éloigner de lui. Je regrettebeaucoup l’avantage dont je suis privé; mais, du reste, je gagneraipeut-être à ne pas me montrer. Si vous daignez parler de moi àmadame la duchesse de Portland avec la même bonté dont vousm’avez donné tant de marques, il vaudra mieux pour moi qu’elleme voie par vos yeux que par les siens, et je me consolerai parle bien quelle pensera de moi de celui que j’aurai perdu moi-même.
Je dois une réponse à un charmant billet ; mais l’espoir de laporter me fait différera la faire. Recevez, monsieur, je vous sup-plie, mes très humbles salutations.
AU MEME.
Puisque M. Granville m’interdit de lui rendre des visites aumilieu des neiges, il permettra du moins que j’envoie savoir deses nouvelles, et comment il s’est tiré de ces terribles chemins.J’esp'ère que la neige qui recommence pourra retarder assez sondépart pour que je puisse trouver le moment d’aller lui souhaiterun bon voyage. Mais que j’aie ou non le plaisir de le revoiravant qu’il parte, mes plus tendres vœux l’accompagneront tou-jours.
Aü MÊME,
Voici, monsieur, un petit morceau de poisson de montagnequi ne vaut pas celui que vous m’avez envoyé ; aussi je vous1 offie en hommage et non pas en échange, sachant bien que tou-tes vos bontés pour moi ne peuvent s’acquitter qu’avec les senti-ments que a ou s m avez inspirés. Je me faisois une fête d’allervous prier de me présenter à madame votre sœur, mais le tempsme contrarie. Je suis malheureux en beaucoup de choses, car jene puis pas dire en tout, ayant un voisin tel que vous.
AU MÊME.
Je suis fâché, monsieur, que le temps ni ma santé ne me per-mettent pas d’aller vous rendre mes devoirs et vous faire mesremercîments aussitôt que je le desirerois ; mais en ce momentextrêmement incommodé, je ne serai de quelques jours en état