ANNÉE 1766. 187
ce bon accueil : mon cœur étoit plein de lui, j’en parlois à toutle monde , j’en éerivois à tous mes amis ; mon attachement pourlui prenoit chaque jour de nouvelles forces : le sien paroissoitpour moi des plus tendres , et il m’en a quelquefois donné desmarques dont je me suis senti très touché. Celle de faire fairemon portrait en grand ne fut pourtant pas de ce nombre ; cettefantaisie me parut trop affichée, et j’y trouvois je ne sais quelair d’ostentation qui ne me plut pas. C’est tout ce que j’auroispu passer à M. Hume, s’il eût été homme à jeter son argent par lesfenêtres, et qu’il eût eu dans une galerie tous les portraits de sesamis. Au reste, j’avouerai sans peine qu’en cela je puis avoir tort.
Mais ce qui me parut un acte d’amitié et de générosité desplus vrais et des plus estimables, des plus digues en un mot deM. Hume, ce fut le soin qu’il prit de solliciter pour moi de lui-même une pension du roi, à laquelle je n’avois assurément au-cun droit d’aspirer. Témoin du zèle qu’il mit à cette affaire, j’enfus vivement pénétré : rien ne pouvoit plus me flatter qu’unservice de cette espèce, non pour l’intérêt assurément, car, tropattaché peut-être à ce que je possède, je ne sais point desirer ceque je n’ai pas ; et ayant par mes amis et par mon travail dupain suffisamment pour vivre, je n’ambitionne rien de plus :mais l'honneur de recevoir des témoignages de bonté, je ne di-rai pas d’un si grand monarque , mais d’un si bon père, d’un sibon mari, d'un si bon maître, d’un si bon ami, et surtout d’un sihonnête homme, m’affectoit sensiblement ; et quand je considé-rais encore dans cette grâce que le ministre qui l’avoit obtenueétoit la probité vivante, cette probité si utile aux peuples et sirare dons son état, je ne pouvois que me glorifier d’avoir pourbienfaiteurs trois des hommes du monde que j’aurais le plus dé-sirés pour amis. Aussi, loin de me refuser à la pension offerte,je ne mis, pour l’accepter, qu’une condition nécessaire ; savoir ,un consentement dont, sans manquer à mon devoir, je ne pou-vois me passer.
Honoré des empressements de tout le monde, je tâchai d’yrépondre convenablement. Cependant ma mauvaise santé et l’ha-bitude de vivre à la campagne me firent trouver le séjour de laville incommode : aussitôt les maisons de campagne se présententen foule ; on m’en offre à choisir dans toutes les provinces.M. Hume se charge des propositions, il me les fait, il me conduitmême à deux ou trois campagnes voisines * j'hésite long-temps