Band 
Tome huitième.
Seite
188
JPEG-Download
 

188 CORBESPONDANCB.

sur le choix ; il augmentoit cette incertitude. Je me détermineenfin pour cette province , et d'abord M. Hume arrange tout; lesembarras s’aplanissent, je pars ; j’arrive dans cette habitationsolitaire , commode , agréable : le maître de la maison prévoittout, pourvoit à tout ; rien ne manque; je suis tranquille, in-dépendant. Voilà le moment si désiré où tous mes maux doiventfinir ; non, c’est là qu’ils commencent, plus cruels que je ne lesavois encore éprouvés.

J’ai parlé jusqu’ici d’abondance de cœur, et rendant avec le plusgrand plaisir justice aux bons offices de M. Hume. Que ce qui mereste à dire n’est-il de même nature! Rien ne me coûtera jamaisde ce qui pourra l’bonorer. Il n’est permis de marchander sur leprix des bienfaits que quand on nous accuse d’ingratitude ; etM. Hume m’en accuse aujourd’hui. J’oserai donc faire une ob-servation qu’il rend nécessaire. En appréciant ses soins par lapeine et le temps qu’ils lui coùtoient, ils étoient d’un prix ines-timable , encore plus par sa bonne volonté : pour le bien réelqu’ils m’ont fait, ils ont plus d’apparence que de poids. Je nevenois point comme un mendiant quêter du pain en Angleterre,j’y apportois le mien , j’y venois absolument chercher un asile,et il est ouvert à tout étranger. D’ailleurs je n’y étois point telle-ment inconnu, qu’arrivant seul j’eusse manqué d’assistance etde services. Si quelques personnes m’ont recherché pour M. Hu-me , d’autres aussi m’ont recherché pour moi ; et, par exemple,quand M. Davenport voulut bien m’offrir l’asile que j’habite,ce ne fut pas pour lui, qu’il ne connoissoit point, et qu’il vitseulement pour le prier de faire et d’appuyer son obligeante pro-position. Ainsi, quand M. Hume tâche aujourd’hui d’aliéner demoi cet honnête homme, il cherche à m’ôter ce qu’il ne m’a pasdonné. Tout ce qui s’est fait de bien se seroit fait sans lui à peuprès de même, et peut-être mieux ; mais le mal ne se fut pointfait. Car pourquoi ai-je des ennemis en Angleterre? pourquoi cesennemis sont-ils précisément les amis de M. Hume? qui est-cequi a pu m’attirer leur inimitié? Ce n’est pas moi qui ne les visde ma vie, et qui ne les eonnois pas ; je n’en aurois aucun si j’yétois venu seul.

J’ai parlé jusqu’ici de faits publics et notoires , qui, par leurnature et par ma reconnoissance, ont eu le plus grand éclat.Ceux qui me restent à dire sont non seulement particuliers, maissecrets , du moins dans leur cause ; et l’on a pris toutes les me-