200 CORRESPONDANCE.
contre moi ; d’ailleurs, borné par son état à la société des gensde commerce, il ne vit pas avec les gens de lettres, ni avec ceuxqui fournissent des articles dans les papiers, encore moins avecceux qui s’occupent à des satires : ainsi l’article ne vient pas delui. Tout au plus puis-je penser que M. Hume aura tâché de lefaire jaser, ce qui n’est pas absolument difficile, et qu’il aura tournéce qu’il lui a dit de la manière la plus favorable à ses vues. Ilest bon d’ajouter qu’après ma rupture avec M. Hume j’en avoisécrit à ce cousin-là.
Enfin on dit dans ce même écrit que je suis sujet à changer d’a-mis. Il ne faut pas être bien fin pour comprendre à quoi cela pré-pare.
Distinguons. J’ai depuis vingt-cinq et trente ans des amis trèssolides. J’en ai de plus nouveaux, mais non moins sûrs , que jegarderai plus long-temps si je vis. Je n’ai pas en général trouvéla même sûreté chez ceux que j’ai faits parmi les gens de lettres :aussi j’en ai changé quelquefois, et j’en changerai tant qu’ils meseront suspects ; car je suis bien déterminé à ne garder jamaisd’amis par bienséance : je n’en veux avoir que pour les aimer.
Si jamais j’eus une conviction intime et certaine, je l’ai queM. Hume a fourni les matériaux de cet écrit. Bien plus, nonseulement j’ai cette certitude, mais il m’est clair qu’il a vouluque je l’eusse; car comment supposer un homme aussi fin assezmaladroit pour se découvrir à ce point, voulant se cacher ?
Quel étoit son but? Rien n’est plus clair encore: c’étoit de por-ter mon indignation à son dernier terme, pour amener avec plusd’éclat le coup qu’il me préparoit. 11 sait que, pour me faire fairebien des sottises, il suffit de me mettre en colère. Nous sommesau moment critique qui montrera s’il a bien ou mal raisonné.
Il faut se posséder autant que fait M. Hume, il faut avoir sonflegme et toute sa force d’esprit, pour prendre le parti qu’il prit,après tout ce qui s’étoit passé. Dans l’embarras où j'étois, écri-vant à M. le général Conway, je ne pus remplir ma lettre quede phrases obscures, dont M. Hume fit, comme mon ami, l’inter-prétation qui lui plut. Supposant donc, quoiqu’il sût très bien lecontraire, que c’étoit la clause du secret qui mefaisoit de la peine,il obtient de M. le général qu’il voudrait bien s’employer pour lafaire lever. Alors cet homme stoïque et vraiment insensible m’é-crit la lettre la plus amicale, où il me marque qu'il s’est employépour faire lever la clause; mais qu’avant toute chose il faut savoir