ANNÉE 1766. 213
plaint: il a voulu savoir mes raisons ; je les lui ai écrites dans leplus grand détail; si ouïes demande, il peut les dire; quant àmoi, je n’ai rien à dire du tout.
Plus je pense à la publication promise par M. Hume, moins jepuis concevoir qu’il l’exécute. S’il l’ose faire, à moins d’énormesfalsifications, je prédis hardiment que, malgré son extrêmeadresse et celle de ses amis, sans même que je m’en mêle,
M. Hume est un homme démasqué.
A MILOBD MARÉCHAL.
Le 9 août 1766.
Les choses incroyables que M. Hume écrit à Paris sur moncompte me font présumer que, s’il l’ose, il ne manquera pas devous en écrire autant; je ne suis pas en peine de ce que vous enpenserez. Je me flatte, milord, d’être assez connu de vous, et celame tranquillise ; mais il m’accuse avec tant d’audace d’avoir re-fusé malhonnêtement la pension, après l’avoir acceptée, que jecrois devoir vous envoyer une copie fidèle de la lettre que j’é-crivis à ce sujet à M. le général Comvay. J’étois bien embarrassédans cette lettre, ne voulant pas dire la véritable cause de monrefus , et ne pouvant en alléguer aucune autre. Vous con-viendrez , je m’assure, que si l’on peut s’en tirer mieux que jene fis, on ne peut du moins s’en tirer plus honnêtement, .l’ajou-terai qu'il est faux que j’aie jamais accepté la pension; j’y misseulement votre agrément pour condition nécessaire, et, quandcet agrément fut venu, M. Hume alla en avant sans me consulterdavantage. Comme vous ne pouvez savoir ce qui s’est passé enAngleterre à mon égard depuis mon arrivée, il est impossibleque vous prononciez dans cette affaire, avec connoissance, entreM. Hume et moi : ses procédés secrets sont trop incroyables, etil n’y a personne au monde moins fait que vous pour y ajouterfoi. Pour moi, qui les ai sentis si cruellement, et qui n’y peuxpenser qu’avec la douleur la plus amère, tout ce qu’il me reste àdésirer est de n’en reparler jamais : mais comme M. Hume negarde pas le même silence, et qu’il avance les choses les plusfausses du ton le plus affirmatif, je vous demande aussi, milord,une justice que vous ne pouvez me refuser : c’est, lorsqu’onpourra vous dire ou vous écrire que j’ai fait volontairement unechose injuste ou malhonnête, d’être bien persuadé que cela n’estpas vrai.
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