ANNÉE 17G6. 215
bienfaits. Savez-vousbien, madame, ce que milord maréchal, àqui vous me renvoyez, eût fait si on lui eût dit pareille chose? ileût répondu que celan’étoit pas vrai, et n’eût pas même daigném’en parler.
Tout ce que vous ajoutez sur l’honneur que m eût fait unepension du roi d’Angleterre est très juste ; il est seulement éton-nant que vous ayez cru avoir besoin de me dire ces choses-là.Pour vous prouver, madame, que je pense exactement commevous sur cet article, je vous envoie ci-jointe la copie d’une lettreque j’écrivis, il y a trois mois, à M. le général Comvay, et danslaquelle j’étois même fort embarrassé, sentant déjà les trahisonsdeM. Hume, et ne voulant cependant pas le nommer. Il ne s’agitpas de savoir si cette pension m’eût été honorable, mais si ellel’étoit assez pour que je dusse l’accepter à tout prix, même àcelui de l’infamie.
Quand vous me demandez quel est le sujet qui ose sollicitersou maître pour un homme qu'il veut avilir, vous ne voyez pasqu’il faisoit de cette sollicitation son grand moyen pour m’accuserbientôt de la plus noire ingratitude. Si M. Hume eût travaillé pu-bliquement à m’avilir lui-même, vous auriez raison; mais il nefaut pas suppposer qu’il exécutoit avec bêtise un projet si pro-fondément médité : cette objection seroit bonne encore, si, connudepuis long-temps deM. Hume, j’avois été inconnu du roi d’An-gleterre et de sa cour ; mais votre lettre même dit le contraire •cette affaire nepouvoit tourner, comme elle a fait, qu’à l’avantagede M. Hume. Toute la cour d’Angleterre dit maintenant : Cepauvre homme ! il croit que tout le monde lui ressemble; nous vavons èlè trompés comme lui.
Dans le plan qu’il s’étoit fait, et qu’il a si pleinement exécuté,de paroître me servir en public avee la plus gvande ostentation,et de me diffamer ensuite avec la plus grande adresse, il devoitécrire et parler honorablement de moi. Vouliez-vous qu’il allâtdire du mal d’un homme pour lequel il affectoit tant d’amitie?c’eût été se contredire, et jouer très mal son jeu : il vouloit paraî-tre avoir été pleinement ma dupe; il préparait l’objection que vousme faites aujourd’hui.
Vous me renvoyez, sur ce que vous appelez mes griefs , a mi-lord maréchal, pour en juger : milord maréchal est trop sagepour vouloir, d’où il est, voir mieux que moi ce qui se passe oùje suis ; et quand un homme, entre quatre yeux, m’enfonce à