Band 
Tome huitième.
Seite
216
JPEG-Download
 

CORRESPONDANCE.

2 16

coups redoublés un poignard dans le sein, je n’ai pas besoin,pour savoir s’il m’a touché, de l’aller demander à d’autres.

Finissons pour jamais sur ce sujet, je vous supplie. Je vousavoue, madame, toute ma foiblesse. Si je sa vois que M. Hume nefût pas démasqué avant sa mort, j’aurois peine à croire encore àla Providence.

Je me fais quelque scrupule de mêler dans une même lettredes sujets si disparates ; mais cette atteinte de goutte que vousavez sentie, mais les incommodités de vos enfants, ne me per-mettent pas de vous rien dire ici d’eux et de vous. Quant à lagoutte, il n’est pas naturel qu’elle vous maltraite beaucoup àvotre âge, et j’espère que vous en serez quitte pour un ressenti-ment passager; mais je n’envisage pas de même cette humeurscrofuleuse, qui paroît avoir été transmise à vos enfants par leurpère ; l’âge pubère les guérira, comme je l’espère, ou rien ne lesguérira; et, dans ce dernier cas, je vois une raison de plus decombler les vœux d’un honnête homme qui a toute votre estime,et qui mérite tout votre attachement. Vos filles, malgré leurmérite, leur naissance et leur bien , se marieront peut-être avecpeine, et peut-être aurez-vous vous-même quelque scrupule deles marier. Ah! madame, les races de gens de bien sont si raressur la terre! voulez-vous en laisser éteindre une? A la place dessimples et vrais sentiments de la nature, qu’on étouffe, on a fourrédans la société je ne sais quels raffinements de délicatesse que jene saurois souffrir. Croyez-moi, croyez-en votre ami, et l’ami detoutes choses honnêtes ; mariez-vous, puisque votre âge et votrecœur le demandent; l’intérêt même de vos filles ne s’y opposepas. Vos enfants des deux parts auront les biens de leur père, etils auront de plus les uns dans les autres un appui, que vous ren-drez très solide par l’attachement mutuel que vous leur saurezinspirer. Mon intérêt aussi se mêle à ce conseil, je vous l’avoue;je sens et j’ai grand besoin de sentir qu’on n’est pas tout-à-faitmisérable quand on a des amis heureux. Soyez-le l’un et l’autre,et l’un par l’autre ; qu’au milieu des afflictions qui m’accablent,j’aie la consolation de savoir que j’ai deux amis unis et fidèles quiparlent quelquefois avec attendrissement de mes misères ; ellesm’en seront moins rudes à supporter. J’aime à envisager commefaite une chose qui doit se faire. Permettez-moi de vous conseil-ler, lorsque vous serez dans votre nouveau ménage, de bien choi-sir ceux à qui vous accorderez l’entrée de votre maison : qu’elle ne