232 CORRESPONDANCE.
quez-vous, que vos ennemis mettront sur le compte de M. Humetout ce qu'il leur plaira d’ajouter au démêlé d’entre vous et lui.Mais que pouiToient-ils faire de plus que ce qu’il a fait lui-mème?Diront-ils de moi pis qu’il n’eu a dit dans les lettres qu’il a écritesà Paris, par toute l’Europe, et qu’il a fait mettre dans toutes lesgazettes? Mes autres ennemis me font du pis qu’ils peuvent, et nes’en cachent guère ; lui fait pis qu’eux et se cache, et c’est luiqui ne manquera pas de mettre sur leur compte le mal que jusqu’àma mort il ne cessera de me faire en secret.
Vous me dites encore, milord, que je trouve mauvais queM. Hume ait sollicité la pension du roi d’Angleterre à mon insu.Comment avez-vous pu vous laisser surprendre au point d’affir-mer ainsi ce qui n’est pas ? Si cela étoit vrai, je serais un extrava-gant tout au moins; mais rien n’est plus faux. Ce qui m’a fâché,c’étoit qu’avec sa profonde adresse il se soit servi de cette pen-sion , sur laquelle il revenoit à mon insu, quoique refusée, pourme forcer de lui motiver mon refus et de lui faire la déclarationqu’il vouloit absolument avoir et que je voulois éviter, sachantbien l’usage qu’il en vouloit faire. Voilà, milord, l’exacte vérité,dont j’ai les preuves, et que vous pouvez affirmer.
Grâces au ciel, j’ai fini quant à présent sur ce qui regardeM. Hume. Le sujet dont j’ai maintenant à vous parler est tel queje ne puis me résoudre à le mêler avec celui-là dans la mêmelettre; je le réserve pour la première que je vous écrirai. Ména-gez pour moi vos précieux jours , je vous en conjure. Ah ! vousne savez pas, dans l’abime de malheurs où je suis plongé, quelserait pour moi celui de vous survivre !
A MADAME ***.
Wootton, le 27 septembre (766.
Le cas que vous m’exposez, madame, est dans le fond trèscommun, mais mêlé de choses si extraordinaires, que votre let-tre a l’air d’un roman. Votre jeune homme n’est pas de son siècle ;c’est un prodige ou un monstre. Il y a des monstres dans ce siè-cle , je le sais trop, mais plus vils que courageux, et plus fourbesque féroces. Quant aux prodiges, on en voit si peu que ce n’estpas la peine d’y croire ; et si Cassius en est un de force d’ame, iln’en est assurément pas un de bon sens et de raison.
II se vante de sacrifices qui, quoiqu’ils fassent horreur, se-