année 17G6. 247
que je ne saurais supporter. Si j’ai des torts, daignez les pardon-ner ; en est-il, en peut-il être que mes sentiments pour vous nedoivent pas racheter? Vos bontés pour moi font toute la conso-lation de ma vie : voulez-vous m’ôter cette unique et douce con-solation? Vous avez cessé d’écrire à vos parents! Eh ! qu'importetous vos parents, tous vos amis ensemble? ont-ils pour vous unattachement comparable au mien? Eli ! milord , c'est votre âge,ce sont mes maux qui nous rendent plus utiles l’un à l’autre :à quoi peuvent mieux s’employer les restes de la vie qu’à s’entre-tenir avec ceux qui nous sont chers? Vous m’avez promis uneétemelle amitié; je la veux toujours, j’en suis toujours digne. Lesterres et les mers nous séparent, les hommes peuvent semer biendes erreurs entre nous ; mais rien ne peut séparer mon cœur duvôtre, et celui que vous aimâtes une fois n’a point changé. Siréellement vous craignez la peine d’écrire, c’est mon devoir devous l’épargner autant qu’il se peut : je ne demande, à chaquefois, que deux lignes, toujours les mêmes, et rien de plus : J’aireçu votre lettre de telle date ; je me porte bien, et je vous aimetoujours. Voilà tout ; répétez-moi ces dix mots douze fois l’année,et je suis content. De mon côté j’aurai le plus grand soin de nevous écrire jamais rien qui puisse vous importuner ou vous dé-plaire: mais cesser de vous écrire avant que la mort nous sépare,non, milord , cela ne peut pas être ; cela ne se peut pas plus quecesser de vous aimer.
Si vous tenez votre cruelle résolution, j’en mourrai ; ce n’estpas le pire; mais j’en mourrai dans la douleur, et je vous prédisque vous y aurez du regret. .T’attends une réponse, je l’attendsdans les plus mortelles inquiétudes ; mais je connois votre ame,et cela me rassure : si vous pouvez sentir combien cette réponsem est nécessaire, je suis très sûr que je l’aurai promptement.
a ix. d’ivernois.
Woolton, le 12 décembre 1766.
J’étois extrêmement en peine de vous, monsieur, quand j’aireçu votre lettre du 19 novembre, qui m’a tranquillisé sur votresanté et sur votre amitié, mais qui m’a donné des douleurs, dontla perte de votre enfant, quelque touché que je sois de tout cequi vous afflige, n’est pourtant pas la plus vive. Cette vie, mon-sieur, n’est le temps ni de la vérité ni de la justice : il faut s’enconsoler par l’attente d’une meilleure.