ànnéb 1767. 25t
à peine que je lui rembourse une partie des dépenses que je luicoûte, il y auroit trop d’indiscrétion à rester toujours chez luisur le même pied, et je ne croirois pouvoir me dédommager desagréments que j’y trouve, que par ceux qui m’attendroient au-près de vous. Je pense souvent avec plaisir à la ferme solitaireque nous avons vue ensemble, et à l’avantage d’y être votre voi-sin; mais ceci sont plutôt des souhaits vagues que des projetsd’une prochaine exécution. Ce qu’il y a de bien réel est le vraiplaisir que j’ai de correspondre en toute occasion à la bienveil-lance dont vous m’honorez, et de la cultiver autant qu’il dépen-dra de moi.
Il y a long-temps, monsieur, que je me suis donné le conseil dela dame dont vous parlez : j’aurois dû le prendre plus tôt ; maisil vaut mieux tard que jamais. M. Hume étoit pour moi une con-noissance de trois mois, qu’il ne m’a pas convenu d’entretenir :après un premier mouvement d’indignation dont je n’étoispas lemaître, je me suis retiré paisiblement : il a voulu une ruptureformelle; il a fallu lui complaire : il a voulu ensuite une explica-tion ; j’y ai consenti. Tout cela s’est passé entre lui et moi : il ajugé à propos d’en faire le vacarme que vous savez ; il l’a faittout seul, je me suis tu ; je continuerai de me taire, et je n’airien du tout à dire de M. Hume, sinon que je le trouve un peuinsultant pour un bon homme, et un peu bruyant pour un phi-losophe.
Comment va la botanique ? vous en occupez-vous un peu ?voyez-vous des gens qui s’en occupent ? Pour moi, j’en raffole,je m’y acharne, et je n’avance point : j’ai totalement perdu lamémoire, et de plus je n’ai pas de quoi l’exercer; car avant deretenir il faut apprendre, et ne pouvant trouver par moi-mêmeles noms des plantes, je n’ai nul moyen de les savoir : il mesemble que tous les livres qu’on écrit sur la botanique ne sontbons que pour ceux qui la savent déjà. J’ai acquis votre Stilling-Jlct, et je n’en suis pas plus avancé. J’ai pris le parti de renoncerà toute lecture, et de vendre mes livres et mes estampes, pouracheter des plantes gravées : sans avoir le plaisir d’apprendre,j’aurai celui d’étudier ; et pour mon objet cela revient à peu prèsau même.
Au reste, je suis très heureux de m’être procuré une occupa-tion qui demande de l’exercice ; car rien ne me fait tant de malque de rester assis, ou d’écrire ou lire: et c'est une des raisons