25G CORRESPONDANCE,
mais de la méchanceté, puisqu’il n’en pouvoit résulter aucunpréjudice pour celui à qui elle étoit écrite, qu’autant qu’il le vou-loit bien. Mais, de grâce, relisez avec moins de prévention cettelettre : dans la position où je l’ai écrite, elle est, j’ose le dire, unprodige de force d’ame et de modération. Forcé de m'expliqueravec un fourbe insigne, qui, sous l’appareil des services, travailleà ma diffamation, je pousse le ménagement jusqu’à ne lui parlerqu’en tierce personne, pour éviter, dans ce quej’avois à lui dire,la dureté des apostrophes. Cette lettre est pleine de ses éloges( vous voyez comment il me les a rendus ) ; partout la raison quidiscute, pas un seul trait d’insulte ou d’humeur, pas un mouve-ment d’indignation, pas un mot dur, si ce n’est quand la force duraisonnement le rend si nécessaire, qu’on ne sauroit ôter le motsans énerver l’argument ; encore, alors même, ce mot n’est-il ja-mais direct et affirmatif, mais hypothétique et conditionnel. Sivous blâmez cette lettre, j’en suis d’autant plus fâché que je veuxqu’on juge par elle l’ame qui l’a dictée.
Cette sévérité de jugements, qui va jusqu’à l’injustice, estaussi loin de votre cœur que de votre raison, et ne vient que dudéfaut de votre mémoire. Vous recevez des éclaircissements quivous font changer d’idée, et vous oubliez que je ne suis pas in-struit de ce changement ; vous voyez que ma rupture avecM. Hume est publique, et vous oubliez que je n’ai aucune part àcette publicité; vous voyez que je lui dis des choses dures quisont imprimées, et vous oubliez également que c’est lui qui m’aforcé de les lui dire, et que c’est lui qui les a fait imprimer. Ceque vous avez écrit vous échappe ou se modifie, et il résulte detout cela que je vous parois déraisonner toujours, pareequ’au lieude répondre à votre idée présente, que je ne saurais deviner, jeréponds à celle que vous m’avez communiquée, et dont vous nevous souvenez plus.
Il y aurait à cela deux remèdes en votre pouvoir : le premierserait que vous voulussiez bien présumer un peu moins de votremémoire et un peu plus de ma raison, en sorte que , quand maréponse cadrerait mal avec ce que vous croyez m’avoir écrit,t ous supposassiez qu’il faut que vous m’ayez écrit autre chose,plutôt que de conclure que je ne sais ce que je dis ; l’autre seraitde garder des copies des lettres que vous m’écrivez, pour y avoirrecours au besoin sur mes réponses. Un troisième moyen seraitque, toutes les fois que je réponds à quelque article de vos lettres,