Band 
Tome huitième.
Seite
257
JPEG-Download
 

AKNÉE 1767 .

257

je commençasse par transcrire dans la mienne l'article auquel jeréponds ; mais cette manière de s’armer jusqu’aux dents avec sesamis me paroit si cruelle, que j’aime cent fois mieux me présen-ter nu et être navré.

Outre les emportements très condamnables que je me reprochede mon côté, je tâcherai de me guérir aussi d’une mauvaise fiertéqui me fait négliger des avis utiles , pour vous mettre en gardesur ce qu’on vous dit contre moi. Par exemple, quand vous com-mençâtes à me parler deM. Brulh avec de grands éloges, je nevoulus rien vous répondre là-dessus, et, en effet, je n’ai rien àdire contre ces éloges, pareeque je ne comtois point du tout le ca-ractère de M. Brulh. Mais ce que j’aurois pourtant dû vous direest qu’il vint me voir à Chiswick, et que son abord, son air, sonton, ses manières, me repoussèrent à tel point, qu’il ne fut pas enmoi de le bien recevoir.

Je finis sur ce sujet désagréable, pour ne vous en reparler ja-mais. J’aurois, sur certaines questions que vous me faites dansvotre lettre, beaucoup de choses à vous dire que je n’ose confierau papier. J’ignore encore si l’ami qui devoit venir cet automnepourra venir ce printemps. Je crains qu’il ne soit enveloppé dansles malheurs de sa patrie; s'il ne vient pas, je ne vois qu’une res-source pour vous parler en sûreté, c’est un chiffre auquel je tra-vaille, et qu’il faudra bien risquer de vous envoyer par la poste,faute de plus sûre voie. Examinez avec grand soin l’état du cachetde la lettre qui le contiendra, pour savoir si elle n’a point été ou-verte : je vous préviens qu’elle sera cachetée avec le talismanarabesque que vous connoissez, et dont on ne sauroit lever et rap-pliquer l'empreinte sans qu’il y paroisse. Je viens de recevoir deM. de Cerjeat une invitation trop obligeante pour que j’en mécon-noisse la source. Quand vous aurez mon chiffre, nous en dironsdavantage. Adieu, mon cher hôte; je sens toute votre amitié, etvous devez connoitre assez mon cœur pour juger de la mienne.Mille tendres respects à la bonne maman. Milord maréchal medisoit que les hivers étoient doux en Angleterre : nous avons iciun pied de glace et trois pieds de neige ; je ne sentis de ma vieun froid si piquant.

On vient de m’apprendre que les papiers publics disent la santéde milord maréchal en mauvais état. Eh quoi ! mon Dieu, tou-jours des malheurs, et toujours des plus terribles! Ce qui me ras-sure un peu est qu’en conférant la date de sa dernière lettre avec