ANNÉE 1767.
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quand elle n’agit pas, ne trouble qu’eux, et je la leur laisse pourtoute vengeance. Je ne suis pas parfaitement heureux, parcequ’iln’y a rien de parfait ici-bas, surtout le bonheur; mais j’ e n suisaussi près que je puisse l’être dans cet exil. Peu de chose de pluscombleroit mes vœux ; moins de maux corporels, un climat plusdoux, un ciel plus pur, un air plus serein, surtout des cœurs plusouverts, où, quand le mien s’épanche, ii sentit que c’est dans unautre. J’ai ce bonheur en ce moment, et vous voyez que j’en pro-fite : mais je ne l’ai pas tout-à-fait impunément ; votre lettre melaissera des souvenirs qui ne s’effaceront pas, et qui me rendrontparfois moins tranquille. Je n’aime pas les pays arides, et la Pro-vence m’attire peu ; mais cette terre en Angoumois, qui n’est pasencore en rapport, et où l’on peut retrouver quelquefois la nature,me donnera souvent des regrets qui ne seront pas tous pour elle-Bonjour, monsieur le marquis. Je hais les formules, et je vousprie de m’en dispenser. Je vous salue très humblement et de toutmon cœur.
A M. D IVEBVOIS.
Wootton, le SI janvier 1767.
Jamais, monsieur, je n’ai écrit, ni dit, ni pensé rien de pareilaux extravagances qu’on vous dit avoir été trouvées écrites dema main dans les papiers de M. Le INieps, non plus que rien dece que M. de Voltaire publie, avec son impudence ordinaire, êtreécrit et signé de moi dans les mains du ministre Montmollin.Votre inépuisable crédulité ne me fâche plus, mais elle m’étonnetoujours, et d’autant plus en cette occasion, que vous avez puvoir dans nos liaisons que je ne suis pas visionnaire, et, dans leContrat social, que je n’ai jamais approuvé le gouvernement dé-mocratique. Avez-vous donc assez grande opinion de la probitéde mes ennemis pour les croire incapables d’inventer des men-songes, et peuvent-ils obtenir votre estime aux dépens de celleque vous me devez?
Tandis que votre facilité à tout croire en montre si peu pourmoi, la mienne pour vous et vos magnanimes compatriotes aug-mente de jour en jour. Le courage et la fermeté n’est pas en euxce qui frappe, je m’y attendois ; mais je ne m’attendois pas, jel’avoue, à voir tant de sagesse en même temps au milieu des plusgrands dangers. Voici la première fois qu’un peuple a montré cegrand et beau spectacle : il mérite d’être inscrit dans les fastes des. » 2