ANNÉE 1767. 273
vous prier, milord, de vouloir bien donner cours à la lettre ci-jointe.
A M. DU PEYKOU.
Wootlon, le 11 février (767.
Je confesse, mon cher hôte, le tort que j’ai eu de ne pas répon-dre sur-le-champ à votre n° 39 ; car malgré la honte d’avouer votrecrédulité, je vois que l’autorité du voiturier Le Comte avoit faitune grande impression sur votre esprit. Je me fâehois d’abord decette petite foiblesse, qui meparoissoit peu d’accord avec le grandsens que je vous conuois ; mais chacun a les siennes, et il n’y aqu’un homme bien estimable à qui l’on n’en puisse pas reprocherde plus grandes que celles-là. J’ai été malade , et je ne suis pasbien ; j’ai eu des tracas qui ne sont pas finis, et qui m’ont empê-ché d’exécuter la résolution quej’avois prise de vous écrire auplus vite que je n’étois pas à Morges ; mais j’ai pensé que monn° 7 vous le diroit assez, et d’ailleurs qu’une nouvelle de cette es-pèce disparoitroit bientôt, pour faire place à quelque autre aussiraisonnable.
Vous savez que j’ai peu de foi aux grands guérisseurs. J’ai tou-jours eu une médiocre opinion du succès de votre voyage de Bel-fort, et vos dernières lettres ne l’ont que trop confirmée. Conso-lez-vous , mon cher hôte ; vos oreilles resteront à peu près cequ’elles sont; mais, quoi que j’aie pu vous en dire dans ma colère,les oreilles de votre esprit sont assez ouvertes pour vous consolerd’avoir le tympan matériel un peu obstrué : ce n’est pas le défautde votre judiciaire qui vous rend crédule, c’est l’excès de votrebonté; vous estimez trop mes ennemis pour les croire capablesd’inventer des mensonges et de payer des pieds-plats pour les di-vulguer : il est vrai que, si vous n’ètes pas détrompé, ce n’est pasleur faute.
Je tremble quemilord maréchal ne soit dans le même cas, maisd’une manière bien plus cruelle, puisqu’il ne s’agit pas de moinsque de perdre l’amitié de celui de tous les hommes à qui je doisle plus et à qui je suis le plus attaché. Je ne sais ce qu’ont pu ma-nœuvrer auprès de lui le bon David et le fils du jongleur, qui està Berlin ; mais milord maréchal ne m’écrit plus, et m’a mêmeannoncé qu’il cesseroit de m'écrire, sans m’en dire aucune autreraison, sinon qu’il étoit vieux, qu’il écrivoit avec peine, qu’il avoitcessé d’écrire à ses parents, etc. Vous jugez si mon cœur est la
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