282 CORRESPONDANCE,
sont bien vifs et bien vrais pour votre heureuse route, agréableséjour, et retour en bonne santé. Témoignez, je vous prie, dansle pays où vous allez, à tous ceux qui m’aiment, que mon cœurn’est pas en reste avec eux, puisque avoir de vrais amis et lesaimer est le seul plaisir auquel il soit encore sensible. Je n’ai au-cune nouvelle de l’élargissement du pauvre Guy ; je vous seraitrès obligé si vous voulez m’en donner, avec celle de votre heu-reuse arrivée. Voici une correction omise à la fin de l’errataqueje lui ai envoyé ; ayez la bonté de la lui remettre.
Je reçois, monsieur, comme je le dois, la grâce dont il plaît auroi de m’honorer, et à laquelle j’avois si peu lieu de m’attendre.J’aime à y voir, de la part de M. le général Conway, des marquesd’une bienveillance que je desirois bien plus que je n’osois l’es-pérer. L’effet des faveurs du prince n’est guère, en Angleterre,de capter à ceux qui les reçoivent celles du publie. Si celle-ci fai-soit pourtant cet effet, j’en serois d’autant plus comblé, que c’estencore un bonheur auquel je dois peu m’attendre : car on par-donne quelquefois les offenses qu’on a reçues, mais jamais cellesqu’on a faites; et il n’y a point de haine plus irréconciliable quecelle des gens qui ont tort avec nous.
Si vous payez trop cher mes livres, monsieur, je mets le tropsur votre conscience, car pour moi je n’en peux mais. Il y en aencore ici quelques uns qui reviennent à la masse, entre autresl’excellente Historia florentina de Machiavel, ses Discours surTite-Live, et le traité de Legibus romanis de Sigonius. Jeprierai M. Davenport de vous les faire passer. La rente (*) quevous me proposez , trop forte pour le capital, ne me paroît pasacceptable, même à mon âge ; cependant la condition d’être éteinteà la mort du premier mourant des deux la rend moins dispropor-tionnée; et, si vous le préférez ainsi, j’y consens, car tout estabsolument égal pour moi.
Je songe, monsieur, à me rapprocher de Londres, puisque lanécessité l’ordonne; car j’y ai une répugnance extrême, que lanouvelle de la pension augmente encore. Mais, quoique comblédes attentions généreuses de M. Davenport, je ne puis rester pluslong-temps dans sa maison , où même mon séjour lui est très àcharge ; et je ne vois pas qu’ignorant la langue, il me soit pos-sible d’établir mon ménage à la campagne, et d’y vivre sur unautre pied que celui où je suis ici. Or j’aimerois autant me mèt-
(*) Celle de dix livres sterling.