ANNÉE 1767. 285
aux pauvres. A'ous voyez , milord , comment j’en use avecvous. Quoique je sois persuadé que mon importunité ne passe-pas votre complaisance , si j’avois prévu jusqu’où je serois forcéde la porter, je me serois gardé de m’oublier à ce point. Agréez,milord, jevous supplie, mes très humbles excuses et monrespect.
A M. DU PEYUOU.
A Wootton, le 2 avril 1767.
O mon cher et aimable hôte , qu’avez-vous fait? Vous êtestombé dans le pot au noir bien cruellement pour moi. Votren° 42 , que vous avez envoyé pour plus de sûreté par une autrevoie , est précisément tombé à Londres entre les mains de moncousin Jean Rousseau , qui demeure chez M. Colombies, à quion l’a malheureusement adressé. Or vous savez que mon trèscher cousin est en secrét l’ame damnée du bon David , alertepour saisir et ouvrir toutes les lettres et paquets qui m’arriventà Londres ; et la vôtre a été ouverte très certainement, ce quiest d’autant plus aisé , que vous cachetez toujours très mal,avec de mauvaise cire , et que vous en mettez trop peu ; lacire noire ne cachète jamais bien. Votre lettre a très certainementété ouverte.
Mon cher hôte , je suis de tous côtés sous le piège ; il estimpossible que je m’en tire si votre ami ne m’en tire pas, maisj’espère qu’il le fera ; il n’y a certainement que lui qui le puisse,et il semble que la Providence l’a envoyé dans mon voisinagepour cette bonne oeuvre. Il s’agit premièrement de sauver mespapiers, car on les getnte avec une grande vigilance , et l’onespère bien qu’ils n’échapperont pas. Toutefois , s’il m’envoiel’exprès que je lui ai demandé avant que M. Davenport ar-rive , ils sont tout prêts ; je les lui remettrai, et ils passerontentre les mains de votre ami, qui ne sauroit y veiller avectrop de soin, ni trop attendre une occasion sûre pour vous lesfaire passer ; car rien ne presse, et l’essentiel est qu’ils soient ensûreté.
Reste à savoir si ma lettre à M. de C. est allée, sûrement eten droiture. Les gens qui portent et rapportent mes lettres, ceuxde la poste, tout m’est également suspect ; je suis dans les mainsde tout le monde, sans qu’il me soit possible de faire un seulmouvement pour me dégager. Aous me faites rire par le sam--8 . 13