ANNÉE 1767. 2g7
Londres et Wootton que le filet est tendu, et il est impossibleque rien en éehappe.
Pour être prêt au moment que l’homme arrivera, s’ii arrive ,je vais cacheter cette lettre avec le second chiffre. Le 6 avril, jeJais partir par la poste une espèce de duplicata de cette lettre.U sera intercepté, cela est sûr; mais peut-être le laissera-t-onpasser après l’avoir lu.
AU MÊME.
A wootton, le 4 avril 1767.
Votre n u 42, mon cher hôte, m’est parvenu, après avoir étéouvert, et ne pouvoit manquer de l’être par la voie que vousavez choisie, puisqu’il a été adressé par M. votre parent à M. Co-lombies de Londres, lequel a pour commis un mien cousin, l’amedamnée du bon David, et alerte pour intercepter et ouvrir tout cequi m’est adressé du continent, presque sans exception.
Votre inutile précaution porte sur cette supposition bien fausseque nos lettres sont ouvertes entre Londres et Neuchâtel ; et pointdu tout, c'est entre Londres et Wootton ; et, comme de quelqueadresse que vous vous serviez, il faut toujours qu’elles passentici par d’autres mains avant d’arriver dans les miennes, il s’en-suit que, par quelque route qu’elles viennent, cela est très indif-férent pour la sûreté. Les précautions sont telles, qu’il est impos-sible qu’il en échappe aucune sans être ouverte, à moins qu’onne le veuille bien. Ainsi, la poste me trahit et ne sauroit me ser-vir. Il n’y a dans ma position que la vue d’un homme sûr quipuisse m’ètre utile. Présence, ou rien.
Je fais des tentatives pour aller à Londres; je doute qu’ellesme réussissent; d’ailleurs ce voyage est très hasardeux, à causedu dépôt qui est ici dans mes mains, qui vous appartient, et dontl’ardent désir de vous le taire passer en sûreté fait tout le tour-ment de ma vie. Le désir de s’emparer de ce dépôt à ma mort,et peut-être de mon vivant, est une des principales raisons pour-quoi je suis si soigneusement surveillé. Or, tant que je suis ici,il est en sûreté dans ma chambre ; je suis presque assuré qu’illui arrivera malheur en route, sitôt que j’en serai éloigné. Voiià,mon cher hôte, ce qui fait que, quand même je serois libre deme déplacer, je ne m’y exposerois qu’avec crainte, presque as-suré de perdre mon dépôt dans le transport. Que de tentatives j’ai