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CORRESPONDANCE,trement éclairé, c’est à votre ame saine que j’ai à parler. Je suissûr de trouver en vous tout ce qu’il faut pour peser avec sagesseet avec équité ce que j’ai à vous dire. J’en serai moins sûr si vousconsultez tout autre que vous.
J’ignore avec quel projet i’ai été amené en Angleterre : il y ena eu un, cela est certain ; j’en juge par son effet, aussi grand,aussi plein qu’il aurait pu l’ètre quand ce projet eût été une affaired’état. Mais comment le sort, la réputation d’un pauvre infortuné,pourroient-ils jamais faire une affaire d’état? C’est ce qui est troppeu concevable pour que je puisse m’arrêter à pareille supposition.Cependant, que les hommes les plus élevés, les plus distingués,les plus estimables, qu’une nation tout entière, se prêtent auxpassions d’un particulier qui veut en avilir un autre, c’est ce quisc conçoit encore moins. Je vois l'effet ; la cause m’est cachée, etje me suis tourmenté vainement pour la pénétrer : mais quelleque soit cette cause, les suites en seront les mêmes; et c’est deces suites qu’il s’agit ici. Je laisse le passé clans son obscurité;c’est maintenant l’avenir que j’examine.
J'ai été traité dans mon honneur aussi cruellement qu’il soitpossible de l’être. Ma diffamation est telle en Angleterre, que rienne l’y peut relever de mon vivant. Je prévois cependant ce qui doitarriver apres ma mort, par la seule force de la vérité , et sansqu’aucun écrit posthume de ma part s’en mêle; mais cela viendralentement, et seulement quand les révolutions du gouvernementauront mis tous les faits passés en évidence. Alors ma mémoiresera réhabilitée ; mais de mon vivant je ne gagnerai rien à cela.
Vous concevez, monsieur, que cette ignominie, intolérable aucœur d’un homme d’honneur, rend au mien le séjour de l’Angle-terre insupportable. Mais on ne veut pas que j’en sorte ; je le sens,j’en ai mille preuves , et cet arrangement est très naturel ; on nedoit pas me laisser aller publier au-dchors les outrages que j’aireçus dans File, ni la captivité dans laquelle j’ai vécu ; on ne veutpas non plus que mes mémoires passent dans le continent et ail-leurs, instruire une autre génération des maux que m’a fait souf-frir celle-ci. Quand je dis on, j’entends les premiers auteurs demes disgrâces : à Dieu ne plaise que l’idée que j’ai, monsieur, de
« peu de temps avant son départ d’Angleterre, et l’a adressée à quelque personne en" place, peut-être à 31. le général Convay. * Cette supposition n’en est plus une main-tenant qu’une lettre de Hume, qu’on verra ci-après, a ôté tout doute sur ce point, etnous a appris que Rousseau l’avoit écrite étant à Douvres, troublé sans cesse par lacrainte «l’être retenu de force en Angleterre.