année 1767 . 297
vré ses sens; point du tout. Au bout de quelques heures le gé-néral Conway reçut une lettre de lui, datée de Douvres, distantde deux cents milles de Spalding. Il n’avoit guère mis que deuxjours à faire cette longue route. Il n’y a rien de plus fou que cettelettre : il suppose qu’il est prisonnier d’état entre les mains du gé-néral Conway, et cela, en conséquence de mes suggestions ; il leconjure.
( Hume donne ici la substance de cette lettre, qui vient d’ètre mise sousles yeux du lecteur.)
Je vous informe de tous ces détails, afin que vous voyiez quece pauvre homme est absolument fou, et que par conséquent il nepeut être dans le cas d’être poursuivi par les lois, ni l’objet d’unepeine civile. Il a certainement passé à Calais ; et se trouvant dansle ressort du parlement de Paris , il sera probablement arrêté, etpeut-être traité sans aucun égard à sa malheureuse situation.Quand j’étois à Paris, j’ai vu des traits d’une animosité peu com-mune contre lui de la part de plusieurs membres de cet illustrecorps, et je crains que sa présence ne fasse revivre contre lui cemême zèle ardent et amer. Il me paroît donc intéressant que quel-ques personnes de poids et de mérite sachent de la première mainle véritable état des choses, afin que les ennemis de ce malheureuxhomme, voyant leur vengeance pleinement rassasiée par ses infor-tunes passées, n’appesantissent pas plus long-temps sur lui des pei-nes trop fortes pour qu’un homme puisse les soutenir. J’ai parlé àM. de Guerchy, afin qu’il représente la chose sous ce point de vues’il en écrit à sa cour, et je vous adresse cette lettre à cachet volant,sous l’enveloppe de M. de Montigny, pour le cas où vous auriezquitté Paris.Il faut que vous, ou 1 ui, instruisiez M. de Malesherbes.M. Trudaine joindra aussi ses bons offices; et je ne doute pasque par vos efforts réunis, et s’agissant d’une chose aussi raison-nable, vous ne lui procuriez une entière sûreté. S’il pou voit êtreétabli dans une retraite sûre et tranquille, sous la protection dequelque personne prudente, il a de quoi subvenir à tous ses be-soins : il a, si je ne me trompe, environ cent louis de rente de lui-même. Le roi d’Angleterre vient de lui en accorder encore autant ;et l’on pourroit trouver quelque part en France quelque personnequi, par égard pour son génie, le traiteroit avec amitié, et l’em-pêcheroit de faire du mal à lui et aux autres. II seroit à proposque sa gouvernante entrât dans le projet : je sais cependant queM Davenport n’avoit pas une idée bien avantageuse de sou carae-