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Tome huitième.
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296 CORRESPONDANCE,

rendre mon dernier soupir dans le sein d’un ami. Je ne-vous pro-mets en ceci que ce que je me promets à moi-même, si je puisgoûter encore quelques jours de paix avant ma mort.

Je n'ai parlé jusqu’ici, monsieur, qu’à votre raison : je n’aiqu’un mot maintenant à dire à votre cœur. Vous voyez un mal-heureux réduit au désespoir, n’attendant plus que la manière desa dernière heure. Vous pouvez rappeler cet infortuné à la vie,vous pouvez vous en rendre le sauveur, et du plus misérable deshommes en faire encore le plus heureux. Je ne vous en dirai pasdavantage, si ce n’est ce dernier mot, qui vaut la peine d'être répété.Je vois mon heure extrême qui se prépare ; je suis résolu , s’il lefaut , de l’aller chercher, et de périr ou d’être libre ; il n’y a plusde milieu.

EXTRAIT d’une LETTRE DE HUME.

Je ne sais si vous avez entendu parler des derniers événementsarrivés à ce pauvre malheureux Rousseau, qui est devenu tout-à-fait extravagant, et qui mérite la plus grande compassion. Il y aenviron trois semaines qu'il partit, sans en donner le moindre avis,de chez M. Davenport, n’emmenant avec lui que sa gouvernante,laissant la plus grande partie de ses effets, et environ trente gui-nées d’argent. On trouva aussi une lettre sur sa table, pleine dereproches contre son hôte, auquel il imputoit d’avoir été complicede mon projet pour le ruiner et le déshonorer. Il prit le cheminde Londres; et M. Davenport me pria de le faire chercher, et dedécouvrir comment on pourrait lui envoyer son bagage et sonargent. On fut quinze jours sans en entendre parler, jusqu’à cequ’enfm le chancelier reçut de lui la lettre la plus extravagante,datée de Spalding, dans le comté de Lincoln. Il dit à ce magistratqu’il est en chemin pour Douvres, dans le dessein de quitter leroyaume (observez que Spalding s’éloigne tout-à-fait du chemin);mais qu’il n’ose pas faire un pas de plus ni sortir de la maison ,dans la crainte de ses ennemis. Il conjure donc le chancelier delui envoyer un guide autorisé pour le conduire, et il le lui de-mande comme le dernier acte d’hospitalité de cette nation enverslui. Quelques jours après, j'appris de M. Davenport qu’il avoitreçu une nouvelle lettre de Rousseau, datée encore de Spalding,dans laquelle il lui témoigne le plus vif repentir. 11 parle de satriste et malheureuse situation, et annonce le dessein de retournerdans sa première retrait e de Wootton. J’espérai qu’il aurait recou-