302 COBBESPONDANCE.
ce cas sera-t-il moins pour vous que pour mes peuples, puisqueeu pareil cas, quand je ne vous devrais rien, je ne le ferais pasmoins.
En outre, quoi que vous puissiez faire, au Bignon je seraischez vous, et je ne puis être à mon aise que chez moi ; je seraisdaus le ressort du parlement de Paris, qui, par raison de conve-nance, peut, au moment qu'on y pensera le moins, faire une ex-cursion nouvelle, in anima vili : je ue veux pas le laisser exposeà la tentation.
J’irois pourtant voir votre terre avec grand plaisir si cela nefaisoit pas un détour inutile, et si je ne craiguois un peu, quand j’yserais, d’avoir la tentation d'y rester : là-dessus, toutefois, votrevolonté soit faite; je ne résisterai jamais au bien que vous vou-drez me faire quand je le sentirai conforme à mon bien réel ou defantaisie; car pour moi c’est tout un. Ce que je crains n’est pasde vous être obligé, mais de vous être inutile.
Je suis très surpris et très en peine de ne recevoir aucune nou-velle d’Angleterre, et surtout de Suisse, dont j’en attends avecinquiétude. Ce retard me met dans le cas de faire à vous et à moile plaisir de rester ici jusqu’à ce que j’en aie reçu, et par consé-quent celui de vous y embrasser quelquefois encore, sachant queles œuvres de miséricorde plaisent à votre cœur. Je remets doncà ces doux moments ce qu’il me reste à vous dire, et surtout àvous remercier du bien que vous m’avez procuré dimanche nusoir, et que, par la manière dont je l’ai senti, je mérite d'avoir en-core. 1 ale , et me atna.
A M. DU PEYBOl'.
Le lOjuiii 1767.
Je reçois, mon cher hôte, votre n° -16; je n’ui point reçu lestrois précédents. Je veux supposer, pour ma consolation, que lagoutte n’est point venue, et que, selon vos arrangements, vousarriverez aujourd'hui ou demain à Paris. Cela étant, allez, jevous supplie, au Luxembourg, voir M. le marquis de Mirabeau ;vous saurez par lui de mes nouvelles. Il n’est prévenu de rien,pareeque je ne l’ai pas vu depuis la réception de votre lettre ; maisil sufiira de vous nommer. Me sachant si cette lettre vous parvien-dra, je n’en dirai pas ici davantage. Je vous embrasse de tout moncœur.