ANNÉE 1767 . 305
nom sous lequel j’ai vécu si malheureux. Vous ne tarderez pasd’être instruit de celui que j’ai pris, et sous lequel je vous rendraidésormais mes hommages, si vous me permettez de vous les re-nouveler quelquefois. Si vous m’honorez d’une réponse, M. Wa-telet est à portée de me la faire passer.
A M. DU PEYROU.
Le 22 juillet *767.
•le suis, mon cher hôte, dans les plus grandes alarmes de n’a-voir aucune nouvelle de vous depuis votre départ. Si vous m’a-vez écrit, il faut que vos lettres se soient dévoyées, et je n’ima-gine que la goutte qui ait pu vous empêcher d’écrire. Cette idéeme fait frémir, en pensant à ce que c’est que d’être pris de lagoutte hors de chez soi, et peut-être même en route dans un ca-baret. Ah! cher ami, si je le croyois bien, si je savois où, rien nem’empêcheroit d’aller vous y joindre ; votre silence me tient dansune angoisse d’autant plus cruelle que, dans le doute, je metstoujours les choses au pis. De grâce, si ma lettre vous parvient,en quelque étatque vous soyez, faites-moi écrire un mot ; faites-leécrire à double, l’un où je suis directement à mon adresse que voussavez, et l’autre à l’adresse de M. Coindet, que vous savez aussi.Il est étonnant que je ne sache ou que je ne me rappelle pas vo-tre nom de baptême : cela me tient en quelque embarras pour vousdistinguer, en écrivant à M. Du Peyrou d’Amsterdam, à qui j’a-dresse cette lettre. Je n’ai pas le courage de vous parler de moijusqu’à ce que j’aie de vos nouvelles. Donnez-m’en, je vous con-jure, le plus tôt que vous pourrez. Adieu, mon cher hôte : puissela Providence vous conduire et vous ramener heureusement!
A M. LE MARQUIS DE MIRABEAU.
Trye, le 26 juillet 1767.
J’aurois dû, monsieur, vous écrire en recevant votre dernierbillet; mais j’ai mieux aimé tarder quelques jours encore à répa-rer ma négligence, et pouvoir vous parler en même temps du li-vre (*) que vous m’avez envoyé. Dans l’impossibilité de le lire toutentier, j’ai choisi les chapitres où l’auteur casse les vitres, et qui
(“) L 'Ordre naturel et essentiel des Sociétés politiques (1767, in-A°, ou 2 vol.in-12), par Mercier de La Biviére, ancien intendant de la Martinique ; c’étoit un despartisans les plus outrés du système des écrivains dits éconoaiistM,