ANNÉE 176T. 3<VT
sert que la raison nous éclaire quand la passion nous conduit?
Video raeliora proboque,
Détériora sequor.
Voilà ce que fera votre despote, ambitieux, prodigue, avare,amoureux, vindicatif, jaloux, foible ; car c’est ainsi qu’ils fonttous, et que nous faisons tous. Messieurs, permettez-moi de vousle dire, vous donnez trop de force à vos calculs, et pas assez auxpenchants du cœur humain et aux jeux des passions. Votre sys-tème est très bon pour les gens de l’Utopie; il ne vaut rien poul-ies enfants d’Adam.
Voici, dans mes vieilles idées, le grand problème en politique,que je compare à celui de la quadrature du cercle en géométrie,et à celui des longitudes en astronomie : Trouver une forme degouvernement qui mette la loi au-dessus de l’homme.
Si cette forme est trouvable, cherchons-la et tâchons de l’éta-blir. A r ous prétendez, messieurs, trouver cette loi dominante dansl’évidence des autres. Avais prouvez trop; car cette évidence a dûêtre dans tous les gouvernements, ou ne sera jamais dans aucun.
Si malheureusement cette forme n’est pas trouvable, et j’avoueingénument que je crois qu’elle ne l’est pas, mon avis est qu’ilfaut passer à l’autre extrémité, et mettre tout d’un coup l’hommeautant au-dessus de la loi qu’il peut l’être, par conséquent établirle despotisme arbitraire, et le plus arbitraire qu'il est possible : jevoudrais que le despote pût être dieu. En un mot, je ne vois pointde milieu supportable entre la plus austère démocratie et le hob-bisme le plus parfait : car le conflit des hommes et des lois, quimet dans l’état une guerre intestine continuelle, est le pire de tousles états politiques.
Mais les Caligula, les Néron, les Tibère!... Mon Dieu!... je meroule par terre, etje gémis d’être homme.
Je n’ai pas entendu tout ce que vous avez dit des lois dans vo-tre livre, et ce qu’en dit l’auteur nouveau dans le sien. Je trouvequ’il traite un peu légèrement des diverses formes de gouverne-ment, bien légèrement surtout des suffrages. Ce qu'il a dit des vi-ces du despotisme électif esttrès vrai, ces vices sont terribles. Ceuxdu despotisme héréditaire, qu’il n'a pas dit, le sont encore plus.
Voici un second problème qui depuis long-temps m’a roulédans l’esprit :
Trouver dans le despotisme arbitraire une forme de succès-