320 correspondance;
gne proposer, je ne suis pas assez vain pour en accepter l’offre, etces honneurs bruyants ne conviennent plus à l’état d’humiliationdans lequel je suis appelé à finir mes jours : je ne crois pas nonplus qu’il convienne de risquer auprès de M. le comte de***, niauprès de personne, aucune demande en ma faveur, puisque cene seroit qu’aller chercher d’infaillibles refus qui ne feraientqu’empirer ma situation, s’il étoit possible.
Le parti que j’ai pris d’attendre ici ma destinée est le seul quime convienne, et je ne puis faire aucune espèce de démarche sansaggraver sur ma tète le poids de mes malheurs ; je sais que ceuxqui ont entrepris de me chasser d’ici n’épargneront aucune sorted’efforts pour y parvenir; mais je les attends; je m’y prépare, etil ne reste plus qu’à savoir lesquels auront le plus de constance,eux pour persécuter, ou moi pour souffrir. Que si la patience m’é-chappe à la fin, et que mou courage succombe, mon parti eu pa-reil cas est encore pris : c’est de m’éloigner, si je peux, de l’oragequi m’accable; mais sans empressement, sans précaution, sanscrainte, sans me cacher, sans me montrer, et avec la simplicitéqui convient à l’innocence. Je considère, madame, qu’ayant prèsde soixante ans, accablé de malheurs et d’infirmités, les restes demes tristes jours ne valent pas la fatigue de les mettre à couvert :je ne vois plus rien dans cette vie qui puisse me flatter ni me ten-ter ; loin d’espérer quelque chose, je ne sais pas même que desirer :l’amour seul du repos me restoit encore; l’espoir m’en est ôté ; jen’en ai plus d’autre : je n’attends plus, je n’espère plus que la finde mes misères : que je l’obtienne de la nature ou des hommes,cela m’est assez indifférent; et, de quelque manière qu’on veuilledisposer de mol, l’on me fera toujours moins de mal que de bien.Je pars de cette idée, madame; je les mets tous au pis, et je metranquillise dans ma résignation.
11 suit de laque tous ceux qui veulent bien s’intéresser encoreà moi doivent cesser de se donner en ma faveur des mouvementsinutiles : remettre, à mon exemple, mon sort dans les mains de laProvidence, et ne plus vouloir résister à la nécessité, voilà ma der-nière résolution ; que ce soit la vôtre aussi, madame, à mon égard,et même à l’égard de cette chère enfant que le ciel vous enlèvesans qu’aucun secours humain puisse vous la rendre; que tousJes soins que vous lui rendrez désormais soient pour contentervotre tendresse et la lui montrer, mais qu’ils ne réveillent plus en