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Tome huitième.
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CORRESPONDANCE.

A AI. LE MARQUIS DE MIRABEAU.

13 janvier 176?.

J’ai, mon illustre ami, pour vous écrire, laissé passer le tempsdes sots compliments dictés non par le cœur, mais par le jouret par l’heure, et qui partent à leur moment comme la détented’une horloge. Mes sentiments pour vous sont trop vrais pouravoir besoin d’être dits, et vous les méritez trop bien pour man-quer de les connoître. Je vous plains du fond de mon cœur destracas où vous êtes ; quoi que vous en disiez, je vous vois embar-qué , sinon dans des querelles littéraires, au moins dans des que-relles économiques et politiques ; ce qui seroit peut-être encorepis, s’il étoit possible. Je suis prêt à tomber en défaillance au seulsouvenir de tout cela ; permettez que je n’en parle plus, que je n’ypense plus que par le tendre intérêt que je prends à votre repos,à votre gloire. Je puis bien tenir les mains élevées pendant le com-bat , mais non pas me résoudre à le regarder.

Parlons de chansons, cela vaudra mieux : seroit-il possible quevous songeassiez tout de bon à faire un opéra ? Oh ! que vous seriezaimable, et que j’aimerois mieux vous voir chanter à l’Opéra quecrier dans le désert ! non qu’on ne vous écoute et qu’on ne vous lise,mais on ne vous suit ni ne veut vous entendre. Ma foi, monsieur,faisons comme les nourrices, qui quand les enfants grondent leurchantent et les font danser. Votre seule proposition m’a déjà mis,moi vieux radoteur, parmi ces enfants-là ; et il s’en faut peu quema muse chenue ne soit prête à se ranimer aux accents de la vôtre,ou même à la seule annonce de ces accents. Jenevousen dirai pasaujourd’hui davantage, car votre proposition m’a tout l’air den’être qu’une vaine amorce, pour voir si le vieux fou mordraitencore à l’hameçon. A présent que vous en avez à peu près leplaisir, dites-moi tout rondement ce qui en est, et je vous diraifranchement, moi, ce que j’en pense, et ce que je crois y pouvoirfaire : après cela, si le cœur vous en dit, nous en pourrons cau-ser avec mon aimable payse, qui nous donnera sur tout cela detrès bons conseils. Adieu, mon illustre ami; je vous embrasseavec respect, mais de tout mon cœur.

A AIADAME LATOUR.

ATrye, le 20 janvier 1768.

Lorsque je vous écrivis un mot, il y a trois mois, chère Ma*