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Tome huitième.
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336 CORRESPONDANCE.

dans la semaine, sachant le jour, quand il s’agit de trouver aussila semaine, je suis totalement en défaut. J'y devrois pourtant êtremoins avec vous qu’avec tout autre, puisque je n’écris à personneplus souvent et plus volontiers qu’à vous.

Conclusion : nous ne ferons d’opéra ni l’un ni l’autre ; c’est de quoij’étois d’avance à peu près sûr. J’avoue pourtant que, dans ma si-tuation présente, quelquedistraction attachante et agréable me se-roit nécessaire. J’aurois besoin, sinon de faire de la musique, aumoins d’en entendre ; et cela me feroit même beaucoup plus debien. Je suis attaché plus que jamais à la solitude ; mais il y a tantd’entours déplaisants à la mienne, et tant de tristes souvenirs m’ypoursuivent malgré moi, qu’il m’en faudroit une autre encore plusentière, mais où des objets agréables pussent effacer l’impressionde ceux qui m’occupent, et faire diversion au sentiment de mesmalheurs. Des spectacles où je pusse être seul dans un coin etpleurer à mon aise, de la musique qui pût ranimer un peu moncœur affaissé ; voilà ce qu’il me faudroit pour effacer toutes lesidées antérieures, et me ramener uniquement à mes plantes, quim’ont quitté pour trop long-temps cet hiver. Je n’aurai rien detout cela, car en toutes choses les consolations les plus simples mesont refusées; mais il me faut un peu de travail sur moi-mêmepour y suppléer de mon propre fonds.

On dit à Paris que je retourne en Angleterre. Je n’ensuis passurpris, car le public me connoit si bien, qu’il me fait toujoursfaire exactement le contraire des choses que je fais en effet. M. Da-venport m’a écrit des lettres très honnêtes et très empressées pourme rappeler chez lui. Je n’ai pas cru devoir répondre brutalementà ses avances, mais je n’ai jamais marqué l’intention d’y retour-ner. Honoré des bienfaits du souverain, et des bontés de beau-coup de gens de mérite dans ce pays là, j’y suis attaché par recon-noissance, et je ne doute pas qu’avec un peu de choix dans mesliaisons je n’y pusse vivre agréablement ; mais l'air du pays, quim’en a chassé, n’a pas changé depuis ma retraite, et ne me permetpas de songer au retour. Celui de France est de tous les airs dumonde celui qui convient le mieux à mon corps et à mon cœur ; et,tant qu’on me permettra d’y vivre en liberté, je ne choisirai pointd’autre asile pour y finir mes jours.

On me presse pour la poste, et je suis forcé de finir brusque-ment, en vous saluant avec respect et vous embrassant de toutmoncœur.