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Tome huitième.
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ANNÉE 1768 .

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A MADAME LATOUR.

Ce 28 janvier (768.

Je crains bien, chère Marianne, qu’une lettre que je vous écri-vis il y a dix ou douze jours ne se soit égarée par ma faute, en ceque, m’étant très mal à propos ûé à ma mémoire, qui est entière-ment éteinte, au lieu de mettre sur l’adresse la rue du Croissant,je mis seulement la rue du Gros-Chenet. Ce qui augmenteroit monchagrin de cette perte est que j’entrois, dans cette lettre, dansbien des détails quej’aurois désiré n’être vus que de vous. Peut-être aussi que votre silence ne vient que de ce que vous ignorezmon adresse. Elle est tout simplement : A M. Renou, à Trye,parGisors. J’attends de vous un mot d’éclaircissement, et j’attendsen même temps des nouvelles de votre santé, et l’assurance quevous m’aimez toujours.

a m. d’ivernois.

Trye, le29 janvier (768.

J’ai reçu, mon digne ami, votre paquet du 22, et il me seraitégalement parvenu sous l’adresse que je vous ai donnée, quandvous n’auriez pas pris l’inutile précaution de la double enveloppe,sous laquelle il n’est pas même à propos que le nom de votreami paroisse en aucune façon. C’est avec le plus sensible plaisirque j’ai enfin appris de vos nouvelles ; mais j’ai été vivement émude l’envoi de votre famille à Lausanne : cela m’apprend assez àquelle extrémité votre pauvre ville et tant de braves gens dontelle est pleine sont à la veille d’être réduits. Tout persuadé queje sois que rien ici-bas ne mérite d’être acheté au prix du sanghumain, et qu’il n’y a plus de liberté sur la terre que dans le cœurde l’homme juste, je sens bien toutefois qu’il est naturel à des gensde courage, qui ont vécu libres, de préférer une mort honorableà la plus dure servitude; cependant, même dans le cas le plusclair de la juste défense de vous-mêmes, la certitude où je suisqu’eussiez-vous pour un moment l’avantage, vos malheurs n’enseraient ensuite que plus grands et plus sûrs, me prouve qu’entout état de cause les voies de fait ne peuvent jamais vous tirer dela situation critique où vous êtes, qu’en aggravant vos malheurs.Puis donc que, perdus de toutes façons, supposé qu’on ose pous-ser la chose à l’extrême, vous êtes prêts à vous ensevelir sous les