ANNÉE 1768. 343
soixante, qui n’étoit rien auparavant, est très bonne ; elle estdue aux médiateurs : il faut en profiter, et leur en savoir gré.Ceci suppose qu’on revêtira ce corps de nouvelles attributions quilui donneront du poids dans l’état ; mais, bien qu’il soit rempli parle peuple, ce n’est pourtant pas en lui-même que s’opérera sonplus grand effet, mais dans le deux-cents, dont les membresrentreront ainsi dans la dépendance du conseil-général, maîtrede leur ouvrir ou fermer à son gré la porte des grandes magistra-tures. Voilà précisément la solution très simple et très sûre duproblème que je proposois au commencement de cette lettre.
Par le premier article, on accorde au conseil-général l’électionde la moitié des deux-cents; je ne serois pas trop d’avis-qu’onacceptât cette concession ; ces moitiés d’élection sont moins effi-caces qu’embarrassantes. Il ne faut pas considérer les électionsfaites par le peuple par leur effet subséquent, qui n’est rien,mais par leur effet antérieur, qui est tout. Les syndics sont éluspar le conseil-général : voyez toutefois comment ils le traitent !Le peuple ne doit pas espérer de ses créatures plus de reconnois-sance qu’il n’en a pour ses bienfaiteurs. Ce n’est pas à ce qu’onfait après être élu, mais à ce qu’on a fait pour être élu, qu’il fautregarder en bonne politique. Quand le peuple tire ses magistratsde sou propre sein, il n’augmente de rien sa force ; mais quand illes tire d’un autre corps , il se donne de la force sur ce corps-là.Voilà pourquoi l’élection du soixante vous donnera de l’ascendanten deux-cents, et pourquoi l'élection du petit conseil donnerade l’ascendant au deux-cents en soixante. Vous en auriez par lessyndics sur le vingt-cinq même, s’il étoit plus nombreux, ouque le choix ne fût pas forcé. C’est ainsi que les plus simplesmoyens, les meilleurs en toute chose, vont tout remettre dansl'ordre légitime et naturel.
Il suit de là que le privilège d’élire la moitié du deux-centsvous est beaucoup moins avantageux qu’il ne semble, et cela esttrop remuant pour votre ville, trop bruyant pour votre conseilgénéral. Le jeu de la machine doit être aussi facile que simple,et toujours sans bruit, autant qu’il se peut. L’élection du deux-cents , laissée au petit conseil, a pourtant de grands inconvé-nients, je l’avoue ; mais n’y auroit-il pas, pour y pourvoir, quel-que expédient plus court et mieux entendu? Par exemple, oùseroit le mal que cette élection fût une des nouvelles attributionsdont on revètiroit le conseil des soixante ? Le petit conseil lui-