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Tome huitième.
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ANNÉE 1768. 35 £

Voilà, mon cher hôte, comment au cœur du royaume de Franceles mains étrangères s’appesantissent encore sur moi. A l’égarddu patron de la case, on l’empêche de rien savoir de ce qui sepasse et de s’en mêler. Je suis livré seul et sans ressource à maconstance et à mes persécuteurs. J’espère encore leur faire voirque la besogne qu’ils ont entreprise n’est pas si facile à exécuterqu’ils l’ont cru. Voilà bien du verbiage pour deux mots de ré-ponse qu’il vous falloit sur cet article. Mais j’eus toujours lecœur expansif ; je ne serai jamais bien corrigé de cela, et votredevise ne sera jamais la mienne.

J’ai découvert avec une peine infinie les noms de botanique deplusieurs plantes de Garsault. J’ai aussi réduit, avec non moinsde peine, les phrases de Sauvages à la nomenclature trivialede Linnæus, qui est très commode. Si le plaisir d’avoir un jardinvous rend un peu de goût pour la botanique, je pourrai vous épar-gner beaucoup de travail pour la synonymie, en vous envoyantpour vos exemplaires ceque j’ai noté dans les miens; et il est abso-lument nécessaire de débrouiller cette partie critique de la bota-nique pour reconnoitre la même plante, à qui souvent chaque au-teur donne un nom différent.

Je ne vous parle point de vos affaires publiques ; non que jecesse jamais d’y prendre intérêt, mais parceque cet intérêt, bornépar ses effets à des vœux aussi vrais qu’impuissants de voir bien-tôt rétablir la paix dans toutes vos contrées, ne peut contribuer eurien à l’accélérer.

Adieu, mon cher hôte : mes hommages à la meilleure des mè-res; mille choses au bon M. Jeannin, et à tous ceux qui m’ai-ment, et à tous ceux que vous aimez.

A M. MOULT OU.

A Tryc, par Gisors, le 7 mars 1768.

Comme j’ignore, monsieur, ce que M. Coindet a pu vous écrire,je veux vous rendre compte moi-même de ce que j’ai fait. Sitôtqu’il m’eut envoyé votre première lettre, j’en écrivis uneàM. d’I-vernois, le seul correspondant que je me sois laissé à Genève, etauquel même, depuis mon funeste départ pour l’Angleterre, jen’avois pas écrit plus de cinq ou six fois. Cette lettre, raisonnéede mon mieux, mais pressante et impartiale autant qu’il étoit pos-sible, péchoit en plusieurs poiuts faute de connoissan.ce de la si-