354 CORRESPONDANCE,
det pour dire le mal que vous pouvez penser de cet homme-là.Adieu, monsieur : je ferai toujours cas de votre amitié, et je seraitoujours flatté d’en recevoir des témoignages; mais comme vousn’ignorez ni mon habitation ni le nom que j’y porte, vous me ferezplaisir de m'écrire directement par préférence, ou de faire passervos lettres par d’autres mains ; et surtout ne soyez jamais la dupede ceux qui font le plus de bruit de leur grande amitié pour moi.J’oubliois de vous dire que M. Coindet ne m’envoya que le 29,•c’est-à-dire le lendemain du conseil-général, votre lettre du 10 ;que je ne la reçus que le 3 mars, et que par conséquent il n’étoitplus temps d’en faire usage. Du reste, ordonnez ; je suis prêt.
a m. d’ivernois.
Au cliùteau de Trve, le 8 mars 1768.
Votre lettre, mon ami, du 29, me fait frémir. Ab ! cruels amis,quelles angoisses vous me donnez ! n’ai-je donc pas assez desmiennes? Je vous exhorte de toutes les puissances de mon amede renoncer à ce malheureux grabeau qui sera la cause de votreperte, et qui va susciter contre vous la clameur universelle, quijusqu’à présent étoit en votre faveur. Cherchez d’autres équiva-lents, consultez vos lumières, pesez, imaginez, proposez ; mais,je vous en conjure, hâtez-vous de finir, et de finir en hommes debien et de paix, et avec autant de modération, de sagesse et degloire que vous avez commencé. N’attendez pas que votre éton-nante union se relâche, et ne comptez pas qu’un pareil miracledure encore long-temps. L’expédient d’un réglement provisionnelpeut vous faire passer sur bien des choses qui pourront avoir leurcorrectif dans un meilleur temps : ce moment court et passagervous est favorable ; mais si vous ne le saisissez rapidement, il vavous échapper ; tout est contre vous, et vous êtes perdus. Jepense bien différemment de vous sur la chance générale de l’a-venir ; car je suis très persuadé que dans dix ans, et surtout dansvingt, elle sera beaucoup plus avantageuse à la cause des repré-sentants, et cela me paroît infaillible : mais on ne peut pas toutdire par lettres, cela deviendrait trop long : enfin, je vous en con-jure derechef par vos familles, par votre patrie, par tous vos de-voirs, finissez et promptement, dussiez-vous beaucoup céder : nechangez pas la constance en opiniâtreté ; c’est le seul moyen deconserver l’estime publique que vous avez acquise, et dont vous