ANNÉE 17 68. 35$
viennent de donner à l’univers, et qui, quoi qu en puissent clivenos contemporains, fera l’admiration de la postérité. Cela devroitbien guérir vos magistrats, d’ailleurs si éclairés, si sages sur toutautre point, de l’erreur de regarder le peuple de Genève commeune populace ordinaire. Tant qu’ils ont agi sur ce faux préjugé,ils ont fait de grandes fautes qu'ils ont bien payées ; et je prédisqu’il en sera de même tant qu’ils s’obstineront dans ce mépristrès mal entendu : quand on veut asservir un peuple libre, il fautsavoir employer des moyens assortis à son génie, et rien n’estplus aisé ; mais ils sont loin de ces moyens-là. Je reviens à moi :le malheur que j’ai eu d’être impliqué dans les commencementsde vos troubles m’a fait un devoir, dont je ne me suis jamais dé-parti, de n’ètre ni la cause ni le prétexte de leur continuation.C’est ce qui m’a empêché d’aller purger le décret, c’est ce qui m’afait renoncer à ma bourgeoisie, c’est ce qui m’a fait faire le ser-ment solennel de ne rentrer jamais dans Genève, c’est ce qui m’afait écrire et parler à tous mes amis comme j’ai toujours fait; etj’ai encore renouvelé en dernier lieu, àM. dTvernois, les mêmesdéclarations que j’ai souvent faites sur cet article, ajoutant mêmeque, s'il ne tenoit qu'à uue démarche aussi respectueuse qu’il soitpossible pour apaiser l’animosité du conseil, j’étois prêt à la fairehautement et de tout mon cœur : pourvu que vous ayez la paix,rien ne me coûtera, monsieur, je vous proteste, et cela sans es-poir d’aucun retour de justice et d'honnêteté de la part de per-sonne. Les réparations qui me sont dues ne me seront fuites qu’a-près ma mort, je le sais, mais elles seront grandes et sincères ; j’ycompte, et cela me suffit. Malheureusement je ne peux rien; jen’ai nulle espèce de crédit dans Genève, pas même parmi les re-présentants. Si j’en avois eu, je vous le répète, tout ce qui s’estfait ne se seroit point fait. D’ailleursje ne puis qu’exhorter, mais jene veux pas tromper : je dirai, comme je le crois, que la paix vautmieux que la liberté, qu’il ne reste plus d’asile à la liberté sur laterre que dans le cœur de l'homme juste, et que ce n’est pas lapeine de se batailler pour le reste : mais quand il s'agira de peserun projet et d’en dire mon sentiment, je le dirai sans déguise-ment. Encore une fois, je veux exhorter, mais non pas tromper.
Je suis bien aise, monsieur, que vous pensiez savoir que je suistranquille et que cela vous fasse plaisir. Cependant, si vous eon-neissiez ma véritable situation, vous ne me croiriez pas si horsdes mains cleM. Hume, et vous ne vous adresseriez pas à M. Coin-