année 1768. 357
vous avez dû voir par ma précédente lettre que la chose ne peutêtre autrement. Il s’ensuit de cette résiliation, comme vous avezvu dans mon mémoire, que je vous reste débiteur des cent louisque j’ai reçus de vous, et qu’il faut que je vous restitue, puisque,outre le recueil de tous mes écrits et papiers, qui est entre vosmains, et dont il ne s’agit plus, vous ne croyez pas devoir vouspermettre de prendre cette somme sur les trois cents louis quevous avez reçus de milord maréchal ; j’avois cru, moi, l'y pouvoirassigner, parcequ’ehfin, si ces trois cents louis appartenoient àquelqu’un, c’étoit à moi, depuis que milord maréchal m’en avoitfait présent, que même il me les avoit voulu remettre, et que c’é-toit à mon instante prière qu’il avoit cherché à m’en constituerla rente par préférence. Vous avez la preuve de cela dans leslettres qu’il m’a écrites à ce sujet, et qui sont entre vos mainsavec les autres. D’ailleurs, il me sembloit que, sans rien changerà la destination de cette rente, quatre ou cinq ans, dont une par-tie est déjà écoulée, suffisoient pour acquitter ces cent louis.Ainsi, vous laissant nanti de toutes manières, je ne songeois guèreà ce remboursement actuel, en quoi j’avois tort; car il est clairque tous ces raisonnements, bons pour moi, ne pouvoient avoirpour vous la même force.
Bref, j’ai reçu de vous cent louis qu’il faut vous restituer; rienn’est plus clair ni plus juste. Il reste à voir, mon cher hôte, parquelle voie vous voulez que je vous rembourse cette somme. Jen’ai pas de banquiers à mes ordres, et je ne puis vous la faire te-nir à Neuchâtel; mais je puis, en nous arrangeant, vous la fairepayer à Paris, à Lyon, ou ici : choisissez, et marquez-moi votredécision. .T’attends là-dessus vos ordres, et je pense que plus tôtcette affaire sera terminée, et mieux ce sera.
Pour vous punir de ne rien dire de précis sur votre santé, jene vous dirai rien de la mienne. Dans votre précédente lettrevous étiez content de votre estomac et de votre état, à la goutteprès, à laquelle vous devez être accoutumé. Dans celle-ci voustrouvez chez vous la nature en décadence. Pourquoi cela ? Parceque vous êtes sourd et goutteux ; mais il y a vingt ans que vousl’êtes, et votre état n’est empiré que pour avoir à toute forcevoulu guérir. On ne meurt point de la surdité, et l’on ne meurtguère de la goutte que par sa faute. Mais vous aimez à vous af-fubler la tète d’un drap mortuaire ; et d’ici à l’âge de quatre-vingtsans que vous êtes fait pour atteindre, vous passerez votre vie às. IC