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Tome huitième.
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ANNÉE 1768. 359

puissent faire les hommes, on est toujours libre quand on saitmourir.

Je voudrais à présent que de votre côté vous ne fissiez pas à.demi les choses, et que la concorde une fois rétablie ramenât laconfiance et la subordination aussi pleine et entière que s’il n’yeut jamais eu de dissension. Le respect pour les magistrats faitdans les républiques la gloire des citoyens, et rien n’est si beau,que de savoir se soumettre après avoir prouvé qu’on savoit ré-sister. Le peuple de Genève s’est toujours distingué par ce res-pect pour ses chefs, qui le rend lui-même si respectable. C’est àprésent qu’il doit ramener dans son sein toutes les vertus socialesque l’amour de l’ordre établit sur l’amour de la liberté. Il est im-possible qu’une patrie qui a de tels enfants ne retrouve pas enfinses pères; et c’est alors que la grande famille sera tout à la foisillustre, florissante, heureuse, et donnera vraiment au monde unexemple digne d’imitation. Pardon, cher ami; emporté par mesdésirs, je fais ici sottement le prédicateur; mais après avoir vuce que vous étiez, je suis plein de ce que vous pouvez être. Deshommes si sages n’ont assurément pas besoin d’exhortation pourcontinuer à l’être ; mais moi, j'ai besoin de donner quelque essoraux plus ardents vœux de mon cœur.

Au reste, je vous félicite, en particulier d’un bonheur qui n’estpas toujours attaché à la bonne cause : c’est d’avoir trouvé pourle soutien de la vôtre des talents capables de la faire valoir. Vosmémoires sont des chefs-d’œuvre de logique et de diction. Je saisquelles lumières régnent dans vos cercles, qu’on y raisonne bien,qu’on y connoit à fond vos édits ; mais on n’y trouve pas commu-nément des gens qui tiennent ainsi la plume : celui qui a tenu lavôtre, quel qu’il soit, est un homme rare ; n’oubliez jamais la re-connoissance que vous lui devez.

A l’égard de la réponse amicale que vous me demandez sur cequi me regarde, je. la ferai avec la plus pleine confiance. Rien dansle monde n’a plus affligé et navré mon cœur que le décret de Ge-nève. Il n’en fut jamais déplus inique, dé plus absurde et de plusridicule. Cependant il n’a pu détacher mes affections de ma pa-trie , et rien au monde ne les en peut détacher. Il m’est indiffé-rent, quant à mon sort, que ce décret soit annulé ou subsiste,puisqu’il ne m’est possible en aucun cas de profiter de mon réta-blissement; mais il ne me serait pourtant pas indifférent, je l’a-voue, que ceux qui ont commis la faute sentissent leur tort, et