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Tome huitième.
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ANNÉE 1768.

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AM. LE BUC BE CHOISEUE.

Monseigneur,

A Trye, le 27 mars 1768.

Vous daignez m’écouter. De qqel poids je me sens soulagé! Sivous eussiez bien voulu me voir, il me semble que je n’aurois eubesoin de vous rien dire, et qu’à l’instant vous auriez lu dans moncœur.

Un mot que me dit M. de Luxembourg (*) à mon départ pourla Suisse autorise le détail dans lequel je vais entrer, et qui se-roit superflu s’il vous eût rendu ma réponse : mais le meilleur etle plus aimable des hommes n’en fut pas toujours le plus coura-geux.

On vous a donné de quelques passages de mes écrits des inter-prétations non seulement si fausses et si peu naturelles, que lepublic ne s’en est jamais douté ; mais si contraires à mes vues,que le seul de ces passages qu’on m’ait cité contient l’éloge le plusvrai, le plus grand, j’ose dire le plus digne, que vous recevrezpeut-être jamais, et dont trop de modestie a pu seul vous empê-cher de sentir l’application. Monsieur le duc, je n’ai point de pro-testation à vous faire. Je dirai les faits, et vous jugerez.

Tous les ministres qui vous ont précédé depuis long-tempsm’ont paru fort au-dessous de leurs places : toutes les personnes,n’importe le sexe, qui se sont mêlées de l’administration, n’onteu, selon moi, que de petites vues, des demi-talents, des passionsbasses, et de l’avarice plutôt que de l’ambition. Enfin, j’eus poureux tous un mépris peut-être injuste, mais qui alloitjusqu’à lahaine, et que je n’ai jamais beaucoup déguisé. Tous mes 'pen-chants, au contraire, vous favorisèrent dès le premier instant. Jepréjugeai que vous alliez rendre au ministère l’éclat obscurci parces gens-là ; et quand le bruit courut que de vous et d’une despersonnes dont je viens de parler, l’un des deux déplacerait l’au-tre, je fis en votre faveur des vœux qui ne furent pas aussi secretsqu’il l’aurait fallu. Peu après, M. de Luxembourg, par hasard,vous parla de moi, et, sur l’essai que j’avois fait à Venise, vous of-frîtes de m’occuper. Je fus d’autant plus sensible à cette offre, quejamais les gens en place ne m’ont gâté par leurs bontés. Environ

(*) C'est lorsque ce maréchal lui demanda s'il avoit parlé mal du duc de Clioiseul.( Confessions , tome I.)