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Tome huitième.
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ANNEB 1768. 363

Londres, je traversai la France avec un passe-port qu’on disoitm’être nécessaire. Sous ma propre direction, j’y suis revenu seul,me livrer pleinement à vous, me jeter dans vos bras, si j’oseainsi parler, avec empressement, sans précaution, sans crainte ,sans autre sûreté que votre humanité et mon innocence, et sa-chant très bien que les prétextes ne vous 'auraient pas manquépour m’opprimer, si vous l’aviez voulu. Quoique je me sentissedans votre disgrâce, j’ai compté sur votre générosité, et j’ai bienfait. Mais cette conduite prouve la vérité de mon estime, et ceque j’ai pensé de vous dans tous les temps. Un homme qui dansle secret de son cœur se seroit senti coupable eût pu trouver lamême sûreté dans le même asile, mais jamais il n’eût osé L’ychercher.

Voilà, monsieur le duc, ce que j’avois à vous dire, et que j’au-rois ardemment désiré vous dire de bouche, quoique je ne sachepoint du tout parler : mais mon cœur eût parlé pour moi, et vousauriez entendu son langage. Sans être exempt d’inquiétude surla route de ma lettre, je ne crains assurément pas qu’une fois par-venue entre vos mains elle puisse jamais me nuire ; mais un pen-chant naturel me faisoit espérer, je l’avoue, qu’en me présentantà vous, ce penchant n’agiroit pas sur moi seul. Sûr que je n’étoisdans votre disgrâce que par l’effet d’une erreur, j’ai toujours es-péré que cette erreur seroit détruite, et que j’aurois enfin quelquepart à vos bontés. J’y compte maintenant, j’y ai des droits, j’osele dire, et je les réclamerai sans rougir, puisque de toutes lesgrâces que vous pouvez répandre, je n’aspire qu’à celle de jouirsous votre protection du repos et de la liberté que je n’ai pointmérité de perdre, et dont je n’abuserai jamais.

Agréez, monseigneur, je vous supplie, mon sincère et profond

respect.

J.-J. Rousseau.

Si vous m’honorez d’une réponse sous le nom de Renou, troismots suffisent, Je vous crois ; et je suis content.

a si. d’ivernois.

28 mars 1768.

Je ne me pardonnerais pas, mon ami, de vous laisser l’inquié-tude qu’a pu vous donner ma précédente lettre sur les idées dontjetois frappé en l’écrivant. Je fis ma promenade agréablement;