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Tome huitième.
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368 CORRESPONDANCE.

Tout ce que vous me dites sur la solennité nécessaire dans larupture de notre accord, et sur les raisons que nous aurons àdonner de cette rupture, me paroit assez bizarre. Je ne vois pasà qui nous serons obligés de rendre compte d’un traité fait entrenous seuls, qui ne regardoit que nous seuls, et de sa rupture. Jene crois pas vos héritiers assez méchants, si je vous survis, pourvouloir me forcer, le poignard sur la gorge, à recevoir une rentedont je ne veux point. Et, supposant que je fusse obligé de direpourquoi j’ai dû rompre cet accord, je vous trouve là-dessus desscrupules d’une tournure à laquelle je n’entends rien. On diroit,en vérité, que vous voulez vous faire envers moi un mérite desménagements que j’avois la délicatesse d’avoir pour vous. Ah !par ma foi, c’en est trop aussi, et il n’est pas permis à une cer-velle humaine d’extravaguer à ce point. Prenez votre parti là-dessus, mon cher hôte, et dites hautement tout ce que vous aurezà dire. Pour moi, je vous déclare que désormais je ne m'en feraipas faute, et que j’ai déjà commencé. Ma conduite là-dessus serasimple, comme en toutes choses; je dirai fidèlement ce qui s’estpassé, rien de plus : chacun conclura ensuite comme il jugera àpropos.

On dit que les affaires de votre pays vont très mal : j’en suisvraiment affligé, à eause de beaucoup d’honnêtes gens à qui jem’intéresse. On prétend aussi que M. de Voltaire m’accuse d’a-voir brûlé la salle de la comédie à Genève. Voilà, sur mon Dieu,encore une autre accusation, dont très assurément je ne me défen-drai pas. Il faut avouer que depuis mon voyage d’Angleterre,me voilà travesti en assez joli garçon ! Ma foi, c’est trop faire lerôle d’Heraclite ; je crois qu’à bien peser la manière dont on mèneles hommes, je finirai par rire de tout. Adieu, mon cher hôte; jevous embrasse.

AU MÊME.

A Trye, le 10 juin 1768.

Je vois, mon cher hôte, que nos discussions-, au lieu de s'é-claircir, s’embrouillent. Comme je n’aime pas les chicanes, je re-viens à cette affaire aujourd’hui pour la dernière fois. Je trouvele désir que vous avez de la mettre en règle fort raisonnable ;mais je ne vois pas que vous preniez les moyens d’en venir àbout.