ANNÉE 1T68.
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A M. LE COMTE DE TONNEBBE.
Boui'goin, le 1 er septembre 176*.
Monsieur,
Je suis très sensible à la bonté que vous avez eue de manderet interroger le sieur Tbevenin sur le prêt qu’il dit avoir fait, il ya environ dix ans, à moi, ou à un homme de même nom que moi,et dont il m’a fait demander la restitution par M. Bovier. Mais jeprendrai la liberté, monsieur le comte, de n’ètrepas de votre avissur la bonne foi dudit Thevenin, puisqu’il est impossible de con-cilier cette bonne foi avec les circonstances qu’il rapporte de sonprétendu prêt, et avec les lettres de recommandation qu’il dit quel’emprunteur lui donna pour MM. de Eaugnes et Aldiman. Cethomme vous paroît borné, cela peut êtrts ; un imposteur peut trèsbien n’être qu’un sot, et cela me confirme seulement dans la per-suasion qu’il a été dirigé aussi bien qu’encouragé dans l’inventionde sa petite histoire, dont les contradictions sont un inconvénientdifficile à éviter dans les fictions les mieux concertées. Il y amême une autre contradiction bien positive entre lui, qui vous adit, monsieur, n’avoir parlé de cette affaire à qui que ce soit qù’àM. Bovier, son voisin, et le même M. Bovier, qui m'écrit que le-dit Thevenin lui en a fait parler par le vicaire de sa paroisse. Jepersiste donc dans la résolution de ne point retourner dans leslieux où cette histoire a été fabriquée, jusqu’à ce qu’elle soit assezbien éclaircie pour ôter aux fabricateurs, quels qu’ils soient, lafantaisie d’en forger derechef de semblables. Je trouve ici un loge-ment trop cher pour pouvoir le garder long-temps, mais où j’auraile temps d’en chercher plus à ma portée, où je puisse me croireà 1 abri des imposteurs. Je n'y suis pas moins sous votre protec-tion qu à Grenoble ; et, si le mensonge et la calomnie m’y pour-suivent, j’éviterai du moins le désavantage d’être précisément àleur foyer.
Baignez, monsieur, agréer derechef mes excuses des importu-nités que je vous cause, et mes actions de grâces de la bonté aveclaquelle vous voulez bien les endurer. Si l’on ne me harceloit ja-mais, je demeurerais tranquille et ne serais point indiscret; maisce n’est pas l’intention de ceux qui disposent de moi.
Recevez avec bonté, je vous supplie, monsieur le comte, lesassurances de mon respect.
Renou.