Band 
Tome huitième.
Seite
378
JPEG-Download
 

378

COBBESPONDANCE.

A SI. EAU AUD.

Bourgoiu, le 31 août ITOS.

Nous vous devons et nous vous faisons, monsieur, mademoi-selle Renou et moi, les plus vifs remercîments de toutes vos bou-tés pour tous les deux, mais nous ne vous en ferons ni l’un nil'autre pour la compagne de voyage que vous lui avez donnée.J’ai le plaisir d’avoir ici, depuis quelques jours, celle de mes in-fortunes ; voyant qu’à tout prix elle vouloit suivre ma destinée,j’ai fait en sorte au moins qu’elle pût la suivre avec honneur. J’aicru ne rien risquer de rendre indissoluble un attachement de vingt-cinq ans, que l’estime mutuelle, sans laquelle il n’est point d’a-mitié durable, n’a fait qu’augmenter incessamment. La tendre etpure fraternité dans laquelle nous vivons depuis treize ans n’apoint changé de nature par le nœud conjugal ; elle est et serajusqu’à la mort ma femme par la force de nos liens, et ma sœurpar leur pureté. Cet honnête et saint engagement a été contractédans toute la simplicité, mais aussi dans toute la vérité de la na-ture,.en présence de deux hommes de mérite et d’honneur, offi-ciers d’artillerie, et l’un fils d’un de mes anciens amis du bontemps, c’est-à-dire avant que j’eusse aucun nom dans le monde ;et l’autre, maire de cette ville, et proche parent du premier ( Y ).Durant cet acte si court et si simple, j'ai vu fondre en larmes cesdeux dignes hommes, et je ne puis vous dire combien cette mar-que de la bonté de leurs cœurs m’a attaché à l’un et à l’autre.

Je ne suis pas plus avancé sur le choix de ma demeure quequand j’eus l’honneur de vous voir à Lyon, et tant de cabarets etde courses ne facilitent pas un bon établissement. Les nouveauxvoyages à faire me font peur, surtout à l’entrée de la saison oùnous touchons.; et je prendrai le parti de m’arrêter volontairementici, si je puis, avant que je me trouve, par ma situation, dansl’imp'ossibilitc d’y rester et dans celle d'aller plus loin. Ainsi,monsieur, je me vois forcé de renoncer, pour cette année, à l’es-poir de me rapprocher de vous, sauf à voir dans la suite ce que jepourrai faire pour contenter mou désir à cet égard.

Recevez les salutations de ma femme, et celles, monsieur, d’unhomme qui vous aime de tout son cœur.

(•*) Ils sont nommés l’un et Vautre dans la lettre au comte de Tonnerre ci-après, endate, du 18 septembre. Le premier s’appeloit de Rozière ; le second, coudn du pre-mier, et maire deBourgoin, étoit M. de Champagneux. On ne voit pas, dans les Con-fessions, le pore de ce M. de Rozière figurer parmi ses anciens amis du ton temps.