année 1768. 387
et passant aux Verrières-de-Jouc, dans un cabaret dont l’hôtes’appelle Janin, un homme nommé Rousseau, le voyant mettreà genoux, lui demanda s’il étoit catholique ; que là-dessus s’étantpris de conversation, cet homme lui donna une lettre de recom-mandation pour Y Verdun; qu’ayant continué de demeurer en-semble dans ledit cabaret, ledit Rousseau le pria de lui prêterquelque argent, et lui donna, deux jours après, deux autres let-tres de recommandation, savoir, une seconde pour Yverdun, etl’autre pour Paris, où ledit Rousseau lui dit qu’il avoit mis poursignature, le Voyageur perpétuel; qu’en reconnoissance de ceservice, lui, Thevenin, lui fit remettre neuf francs par Janin leurhôte, après un voyage qu'ils firent tous trois des Verrières à Saint-Sulpice, où ils dînèrent encore ensemble; qu’ensuite ils se sépa-rèrent; que lui, Thevenin, se rendit de là à Yverdun, et portales deux lettres de recommandation à leurs adresses, l’une pourM. deFaugnes, l’autre pourM. Aldiman ; que, ne les ayant trou-vés ni l’un ni l’autre, il remit ses lettres à leurs gens, sans que,pendant deux ans qu’il resta sur les lieux, la fantaisie lui ait prisde retourner chez ces messieurs, voir, du moins par curiosité,l’effet de ces mêmes lettres qu'il avoit si bien payées. A l’égard dela lettre de recommandation pour Paris, signée le Voyageur per-pétuel, il l’envoya à La Charité-sur-Loire, à sa femme, qui la litpasser par le curé à son adresse, dont il ne se souvient point.
Quant à la personne dudit Rousseau, j’ai déjà dit qu’il ne s’enrappeloit rien, ni rien de ce qui s’y rapporte : interrogé si leditRousseau portoit son chapeau sur la tête ou sous le bras, il a ditne s’en pas souvenir; s’il portoit perruque ou s’il avoit ses che-veux, a dit qu’il ne s’en souvenoit pas non plus, et que cela nefaisoit pas une différence bien sensible : interrogé sur l’habille-ment, il a dit que tout ce qu’il s’en rappeloit étoit qu’il portoit un •habit gris, doublé de bleu ou de vert : interrogé s’il savoit la de-meure dudit Rousseau, a dit qu’il n’en savoit rien ; s’il n’avoitplus eu de ses nouvelles, a dit que, durant tout son séjour à Yver-dun et à Estavavé, où il alla travailler en sortant de là, il n’a ja-mais plus oui parler dudit Rousseau, et n’a su ce qu’il étoit de-venu, jusqu’à ce qu’apprenant qu’il y avoit un M. Rousseau àGrenoble, il s’est adressé, par le vicaire de la paroisse, à son voi-sin M. Bovier, pour savoir si ledit sieur Rousseau ne seroit pointson homme des Verrières ; chose qu’il n’a pourtant jamais affir-mée, ni dite, ni crue, mais dont il vouloit simplement s’informer.