368 CORRESPONDANCE.
Comme sa déclaration laissoit assez indéterminé le temps del'époque, j’ai parcouru, pour le fixer, ceux de ses papiers qu’il abien voulu me montrer, et j’y ai trouvé un certificat daté du 30juillet 1763, par lequel le sieur Cuche, chamoiseur d’Yverdun,atteste que ledit Thevenin a demeuré chez lui pendant environdeux ans, etc.
Supposant donc que Thevenin soit entré chez le sieur Cucheimmédiatement à son arrivée à Yverdun, et qu’il se soit renduimmédiatement à Yverdun en quittant ledit Rousseau à Saint-Sul-pice, cela détermine le temps de leur entrevue à la fin de l’été 1761au plus tard. Il est possible que cette époque remonte plus haut;mais il ne l'est pas qu’elle soit plus récente, puisqu’il faudraitalors que cette rencontre se fût faite du temps que ledit Theve-nin étoit déjà à Yverdun, au lieu qu’elle se fit avant qu’il y fûtarrivé.
J’ai demandé à cet homme le nom du maître chez lequel il tra-vaille à Grenoble : il me l’a dit ; je l’ai oublié. Je lui ai demandépour qui ce maître travailloit, quelles étaient ses pratiques ; ilm’a dit qu’il n’en savoit rien, et qu'il n’en connoissoit aucune. Jelui ai demandé s’il ne travailloit point pour son voisin M. Bovierle père, qui est gantier ; il m’a dit qu’il n’en savoit rien, et M. Bo-vier fils, prenant la parole, a dit que non ; et il falloit bien en ef-fet qu’ils ne se connussent point, puisque, pour parvenir à luiparler, ledit Thevenin a eu recours au vicaire de la paroisse.
Voilà, dans ce qu’a dit cet homme, tout ce qui me paroit avoirtrait à la question.
Cette question en peut offrir deux distinctes : premièrement, siledit Thevenin dit vrai ou s’il ment.
Supposant qu'il dit vrai, seconde question : quel est l’hommenommé Rousseau , auquel il a prêté son argent, sans connoitrede lui que le nom ? car enfin l’identité des noms ne fait pas celledes personnes; et il ne suffit pas, n’en déplaise à M. Bovier, deporter le nom de Rousseau, pour être, par cela seul, le débiteurou l’obligé du sieur Thevenin.
Il n’y a, selon le récit du dernier, que trois personnes en étatd’en attester la vérité ; savoir, le Rousseau dont il ne connoît quele nom, Thevenin lui-même, et l’hôte Janin, qui est absent:d’ailleurs, le témoignage des deux premiers, comme parties, estnul, à moins qu’ils ne soient d’accord; et celui du dernier seroitsuspect s’il favorisait Thevenin; car il peut être son complice; il