308 CORRESPONDANCE.
de la servitude. Partout excès : la vertu seule, dont on ne s’avisejamais, feroit le milieu.
Recevez mes remerciments des papiers que vous avez remisà notre amie , et qui pourront me donner quelques distractionsdont j’ai grand besoin. Je vous remercie aussi des plantes quevous aviez chargé Gagnebin de recueillir, quoiqu’il n’ait pasrempli votre intention. C’est de cette bonne intention que je vousremercie; elle me flatte plus que toutes les plantes du monde. Lestracas éternels qu’on me tait souffrir me dégoûtent un peu de labotanique , qui ne me paroit un amusement délicieux qu’autantqu’on peut s’y livrer tout entier. Je sens que pour peu que l’onme tourmente encore je m’en détacherai tout-n-fait. Je n’ai paslaissé pourtant de trouver en ce pays quelques plantes, sinon jo-lies , au moins nouvelles pour moi ; entre autres, près de Greno-ble, l’oxym et le lérébinfhe; ici le ceitchrus racemosus, qui m’abeaucoup surpris, pareeque c’est un gramen maritime; Vhy-popitis, plante parasite qui tient de Porobanche; le crépis fœ-tida, qui sent l’amande amère à pleine gorge , et quelques autresque je ne me rappelle pas en ce moment. Voilà, mon cher hôte ,plus de botanique qu’il n’en faut à votre stoïque indifférence. Vouspouvez m’écrire en droiture ici sous le nom de Renou. J’ai grand’-peur, s’il ne survient quelque amélioration dans mon état et dansmes affaires, d’étre réduit à passer avec ma femme tout l’hiverdans ce cabaret, puisque je ne trouve pas sur la terre une pierrepour y poser ma tète.
AU MÊME.
ltourgoin, le 2 octobre I76S.
Quelle affreuse nouvelle vous m’apprenez, moucher hôte, etque mon cœur en est affecté ! Je ressens le cruel accident de votrepauvre maman comme elle, ou plutôt comme vous, et e’est toutdire. Une jambe cassée est un malheur que mon père eut étant déjàvieux, et qui lui arriva de même en se promenant, tandis quedans ses terribles fatigues de chasse, qu’ii aimoitùla passion, ja-mais il n’avoit eu le moindre accident. Sa jambe guérit très facile-ment et très bien, malgré son âge ; et j’espéreroisla mèmechosedemadame la commandante, si la fracture n’étoit dans une place où letraitement est incomparablement plus diflicile et plus douloureux.Toutefois, avec beaucoup de résignation, de patience, de temps,et les soins d’un homme habile, la cure est également possible, et il