année 1768. 397
marier, quitter le nom que je porte (*) ; ce ne sont pas les nomsqui se marient, ce sont les personnes ; et quand, dans cette simpleet sainte cérémonie, les noms entreroient comme partie consti-tuante, celui que je porte auroit suffi, puisque je n’en reconnoisplus d’autres. S’il s’agissoit de fortune et de biens qu’il fallût as-surer, ce seroit autre chose ; mais vous savez très bien que nousne sommes ni elle ni moi dans ce cas-là ; chacuii des deux est àl’autre avec tout son être et son avoir, voilà tout.
Pour vous mettre au fait de l’histoire de l’honnête Thevenin ,je prends le parti de vous faire passer, par M. Boy de La Tour,partie d’une lettre que j’écrivis, il y a huit jours, au comman-dant de notre province, et qui contient la relation d'une entre-vue que j’ai eue avec ce malheureux qui ne m’a point connu,mais qui s’étoit précautionné là-dessus d’avance, en disaut qu’il nereconnoîtroit point ledit Bousseau, s’il le voyoit. A l’égard dutemps, Thevenin disoit d’abord dix ans, mais ensuite il a rappro-ché l’époque, et il l’a laissée assez vague pour qu’elle puisse cadrerà tout. Les anachronismes et les contradictions ne lui font riendu tout, attendu qu'à toutes les objections qu’on lui peut faire, ila cette réponse péremptoire qu’il est trop honnête homme et tropbon chrétien pour vouloir tromper ; ce qui n’a pourtant pas empè-chécethonnête homme et ce bon chrétien d’être ci-devant condamnéaux galères, comme je l’ai appris de M. Roguin. Au reste, je n’aiaucune réponse ni de M. Guyenet, ni d’aucun de ceux à qui j’aiécrit au Val-de-Travers ; ce qui peut venir de l’adresse que je leurai donnée, savoir, celle de M. le comte de Tonnerre, commandant,du Dauphiné, qui permettoit que pour plus de sûreté je lui fisseadresser mes lettres, et jusqu’ici il me les avoit fait passer trèsfidèlement ; mais depuis une quinzaine de jours il est en cam-pagne, et je n’ai plus de lui ni lettres ni réponses.
Pouviez-vous espérer, mon cher hôte , que la liberté se maiu-tiendroit chez vous, vous qui devez savoir qu’il ne reste plus nullepart de liberté sur la terre, si ce n’est dans le cœur de l’hommejuste, d’où rien ne la'peut chasser? Il me semble aussi, je l’avoue,que vos peuples n’usoient pas de la leur en hommes libres, mais engens effrénés. Ils ignoroient trop, ce me semble, que la liberté, dequelque manière qu’on en jouisse, ne se maintient qu’avec de gran-des vertus. Ce qui me fâche d’eux est qu’ils avoient d’abord lesvices de la licence , et qu’ils vont tomber maintenant dans ceux
O Celui de Renou, qu’il aYüit pris en allant habiter le château de Trye.
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