404 CORRESPONBANCE.
a voulu suivre mon sort et partager toutes les misères de ma vie,j’ai dû faire au moins que ce fût avec honneur. Vingt-cinq ansd’union des cœurs ont produit enfin celle des personnes. L’estimeet la confiance ont formé ce lien. S’il s’en formoit plus souventsous les mêmes auspices, il y en auroit moins de malheureux.Madame Renou ne sera point l’ornement d’un cercle, et les bellesdames riront d’elle sans que cela la fâche ; mais elle sera jusqu’àla fin de mes jours la plus douce consolation, peut-être l’unique,d’un homme qui en a le plus grand besoin.
Je vous embrasse de tout mon cœur.
Vous pouvez m’écrire en droiture à M. Renou, à Bourgoin enDauphiné.
A M. LALIALD.
Bourgoin, le Ï3 octobre 17GS.
J’ai, monsieur, votre lettre du 13 et les autres. Je ne vousferai point d’autres remerciments des peines que je vous donneque d’en profiter ; il en est pourtant que je voudrais vous éviter,comme celle du duplicata de vos lettres que vous prenez inutile-ment , puisqu’il est de la dernière évidence que si l’on prenoit leparti de supprimer vos lettres, on supprimerait encore plus certai-nement les duplicata.
Je sens l'impossibilité d’exécuter mon projet : vos raisons sentsans réplique : mais je ne conviens pas qu’en supposant cette exé-cution possible, ce serait donner plus beau jeu à mes ennemis ;je suis certain de ne pouvoir pas plus éviter en France qu’en An-gleterre de tomber dans les mains de leurs satellites ; au lieu queles pachas ne se piquant pas de philosophie, et n’étant quemé-diocrement galants, les Machiavels et leurs amies ne disposeraientpas tout-à fait aussi aisément d’eux que ceux d'ici. Le projet quevous substituez au mien , savoir, celui de ma retraite dans lesCévennes, a été le premier des miens en songeant à quitterTrye : je le proposai à M. le prince de Conti, qui s’y opposa,et me força de l’abandonner. Ce projet eut été fort de mon goût,et le seroit encore ; mais je vous avoue qu’une habitation tout-à-fait isolée m’effraie un peu depuis que je vois dans ceux qui dis-posent de moi tant d’ardeur à m’y confiner. Je ne sais ce qu'ilsveulent faire de moi dans un désert ; mais ils m „ veulent en-traîner à toute force, et je ne doute pas que ce ne soit l’une desraisons qui les a portés à me chasser de Trye , dont l’habitation.