ANNÉE 1768. 403
espèce de déguisement augmente avec l’effet de ceux dont jesuis la victime. Aussi bien , dans l’état où l’on m’a réduit, jepuis désormais être franc impunément ; je n’en deviendrai pas plusmisérable.
J’ignore absolument ce que c’est que le château de Lavagnac,à qui il appartient, sur quel pied j’y pourrois loger , s’il est ha-bitable pour moi, c’est-à-dire à ma manière, et meublé ; en unmot, tout ce qui s’y rapporte, hors le peu que vous m’en dites dansvotre dernière lettre, et qui me paroit très attrayant. Coindet nem’en a jamais parlé , et cela ne m’étonne guère. Votre courtedescription du local est charmante. Vous m’offrez de m’en diredavantage, et même d’aller prendre des éclaircissements sur leslieux. Je suis bien tenté de vous prendre au mot : car aller ha-biter un si beau lieu, moi qui n’ai d’asile qu’au cabaret; vousvoir en passant ; être voisin de M. Venel, pour lequel j’ai la plusvéritable estime : tout cela m’attire assez fortement pour medéterminer probablement tout-à-fait, pour peu que les conve-nances dont j’ai besoin s’y rencontrent. A l’égard du profond se-cret que vous me promettez, vous n’en êtes plus le maître ; nelaissez pourtant pas de le garder autant qu’il vous sera possible ;je vous en prie instamment, puisque votre lettre a été ouverte ,quoique celle qui lui servoit d’enveloppe ne l’ait pas été. Avis aulecteur.
J’apprends avec le plus vrai plaisir que votre voyage a été.salutaire à la santé de madame Moultou : mon empressementde vous voir est encore augmenté par le désir d’être connud’elle, et de lui agréer. Si je n’obtiens pas qu’elle approuve vo-tre amitié pour moi , et qu’elle en suive l’exemple, je répondsau moins que ce ne sera pas ma faute ; mais comme je desirem’arrêter un peu à Montpellier pour voir M. Guan et le Jardindes Plantes , je ne logerai pas chez vous. Je vous prierai seu-lement de me chercher deux chambres dans votre voisinage, etqui n’empêcheront pas, si je ne vous importune point, que vousne me voyiez chez vous presque autant que si j’y logeois, à con-dition que vous ne fermerez pour cela votre porte à personne :les sociétés bonnes pour vous seront sûrement très bonnes pourmoi ; et si je ne suis pas bon pour elles, ce ne sera pas la faute dema volonté.
Vous savez sûrement que ma gouvernante, et mon amie, etma sœur, et mon tout, est enfin devenue ma femme. Puisqu’elle