A.KNÉR 1768. 417
mondit sieur Rousseau doit, suivant lui, avoir été remis ; requé-rant qu’avant de faire déposer ledit sieur Jeannet, il y soit appointé,ce qui a été connu.
Et pour y satisfaire, ledit sieur Jeannet étant comparu, a, aprèsserment intime sur les interrogats circonstanciés à lui adressés,tendants à dire tout ce qu’il peut savoir de cette affaire, déposécomme suit :
Qu’il n’a aucune connoissance que le nommé Thevenin , cha-moiseur, ait jamais prêté chez lui, déposant, ni ailleurs, aucunargent à M. Jean-Jacques Rousseau pendant tout le laps detemps qu’il a demeuré dans ce pays, n’ayant jamais eu l’hon-neur de voir dans son logis mondit sieur Rousseau ; bien est-ilvrai qu’il y a à peu près cinq ans qu’il le vit s’en revenantdu côté de Pontarlier, sans lui avoir parlé ni l’avoir revu dèslors.
11 se rappelle aussi très bien qu’en 17 62, pendant le courant dumois de mai, arriva chez lui un nommé Thevenin , qui se disoitêtre de La Charité-sur-Loire, réfugié dans ce pays pour éviterl’effet d’une lettre de cachet obtenue contre lui, lequel étoitaccompagné du nommé Guillobel, marchand horloger du mêmelieu ; ledit Thevenin n’ayant séjourné chez lui que huit à dixjours , pendant lequel temps arriva encore dans son logis unnommé Decustreau, qu’il connoissoit depuis près de vingt ans,pour avoir logé chez lui à différentes fois, et duquel il peut pro-duire des lettres.
Ledit Decustreau partit au bout de quelques jours pour Neu-châtel ; Thevenin avec lui Jeannet l’accompagnèrent jusqu’à Saint-Sulpice, au logis du Soleil, où ils dînèrent. Après le départ duditDecustreau, ledit Thevenin demanda au déposant s'il connoissoitledit Decustreau ; il lui répondit qu’il le connoissoit pour avoirlogé chez lui. Cette demande dudit Thevenin ayant excité audéposant la curiosité d’apprendre de lui pourquoi il lui formoitcette question, ledit Thevenin lui répondit que c’étoit à caused’un écu de trois livres qu’il avoit prêté audit Decustreau, sur lademande qu’il lui en avoit faite. Et enfin ledit sieur Jeannet ajouteque pendant tout le temps que ledit Thevenin a resté chez lui, ilne lui a point parlé de M. Rousseau , ni dit qu’il eût la moindrechose à faire avec lui ; que ledit Thevenin, lorsqu’il arriva dans
ce pays, n’avoit point de profession, ayant dès-lors appris cellede chamoiseur à Estavayé-le-Lac.