420 CORRESPONDANCE.
secrétaire d’ambassade : cette nouvelle a achevé de me déter-miner. Je n’irai point en Angleterre : on me traitera comme onvoudra en France, mais je suis déterminé à y rester. Je ne puisrenoncer à l’espérance qu’au moins pour l’honneur de l'hospitalitéfrançoise il s’y trouvera quelque coin où l’on voudra bien melaisser mourir en repos. Si ce coin, cher Moultou, en pouvoitêtre un du château de Lavagnac, il me semble que, sous les aus-pices de l’amitié, l’habitation m’en seroit délicieuse. Malheureu-sement j’écris inutilement à M. le prince de Conti ; mes lettresne lui parviennent point. Il me répondoit fort exactement aucommencement ; il ne me répond plus : il m’a fait dire qu’il nerecevoit point de mes nouvelles. Les négociations intermédiairesont leurs inconvénients. La générosité de ce grand prince m’aaccoutumé à accepter, et non pas à demander : je ne puis merésoudre à changer de méthode. Si l’ami de M. Yenel, qui com-mande dans le château, veut écrire, à la bonne heure, je lui en' serai obligé; pour moi, je n’écrirai pas. Mais, dites-moi, n’y a-t-ildans le pays aucune habitation qui pût me convenir que ce châ-teau? Le bon M. Venel ne pourroit-il pas me trouver un terrierà Pézenas même , ou aux environs? Pourvu que je sois son voi-sin , que m'importe en quel lieu j’habite? Si nous étions dansune meilleure saison, si le voyage étoit moins pénible, si j’avoisplus de facilités pour le faire, je volerois près de vous ; mais moutransport et celui de tout mon attirail de botanique est embarras-sant. Je ne suis point à portée ici d’avoir des voitures. Il me fau-droit un bon carrossin qui pût charger avec nous cinq ou sixmalles ou caisses ; il me faudrait un bon voiturier, qui nous con-duisit bien et qui fût honnête homme : j’ai pensé que cela se pour-rait trouver où vous êtes, et que vous pourriez être à portée défairepour moi ce marché, et de m’envoyer la voiture au temps con-venu. Voyez. Ah ! si vous pouviez faire plus ! Mais madame Moul-tou , votre santé , vos affaires! et quand tout vous le permettrait,je ne devrais pas le souffrir. Quoi qu’il en soit, j’ai le plus granddésir de me rendre auprès de vous, et cela d'autant plus que j’aiquelque lieu de croire qu’on m’y verrait avec plus de plaisirqu’ici.
J’ai reçu depuis peu, avec le reste de mes plantes et bouquins,une lettre que M. de Gouan m’écrivoit à Trye : elle est de si vieilledate que je ne sais plus comment y répondre. Il m’accusera demalhonnêteté envers lui, moi qui voudrais tout faire pour oh-